Burundi

Burundi (11)

Le président burundais Pierre Nkurunziza dribble un gardien de but durant un match à Abidjan, le 26 février 2017

Un match de football qui tourne au vinaigre pour certains membres de l'équipe adverse à celle du Président Burundais Pierre Nkurunziza.

L'administrateur de Kiremba et son adjoint chargé du sport ont été écroués pour « complot contre le chef de l'État » en fin de semaine dernière. Leur faute : avoir « permis » que le président Pierre Nkurunziza soit malmené physiquement au cours d'un match de football qui s'était déroulé le 3 février dans cette commune du nord du Burundi.

On ne rigole pas avec les tibias de Pierre Nkunrunziza. Le 3 février dernier, l'équipe du président, l'Alléluia FC, affronte le club de Kiremba. Kiremba, pour l'occasion, a recruté quelques joueurs parmi les réfugiés congolais du camp de Musasa. Les Congolais, crime de lèse-majesté, ont à plusieurs reprises attaqué de front Pierre Nkurunziza, alors balle au pied, et l'ont même fait tomber.

L'administrateur de Kiremba, Cyriaque Nkézabahizi, et son adjoint chargé du sport, Michel Mutama, ont donc été écroués pour « complot contre le chef de l'État » en fin de semaine dernière. Ils ont été emprisonnés à la prison de Ngozi, à 130 km au nord de Bujumbura.

Les règles sont pourtant connues de tous : quand le président est en possession du ballon, aucun adversaire ne doit l'approcher à moins de trois mètres. Et il doit marquer un but, ou du moins être à l'origine d'une action décisive. Mais les footballeurs congolais ignoraient ces bonnes manières.

Sur le terrain, la consigne est claire : l'équipe adverse peut égaliser contre le Alléluia FC, mais elle doit absolument laisser le président marquer avant le coup de sifflet final. Un arbitre avait averti ainsi une équipe rivale : « Si vous ne laissez pas son Excellence marquer le but, vous allez jouer jusqu'à demain. »

Pour Nkunrunziza, le ballon rond est une religion, il y consacre la moitié de son temps. En 2015, alors que certaines rues de la capitale sont jonchées de cadavres, lui court après un ballon.

Votre Afrique/RFI

 

 

le président Pierre Nkurunziza

Une centaine de membres du gouvernement, de l'opposition et de la société civile du Burundiétaient présentes lundi à Entebbe pour tenter de relancer le dialogue sous médiation ougandaise,interrompu en juillet dernier. Lesdélégations se sontretrouvées dans lamême salle dans une ambiance glaciale, sousl'égide de Yoweri Museveni,et ontbrièvement exposé leur position. A l'issue de lacérémonie, la médiationougandaise aannoncé quele dialogue reprendrait le 6 janvier à Arusha en Tanzanie. Une date que le gouvernement dit pour le moment rejeter.

« Le 6 janvier, nous ne serons pas en Ouganda ou ailleurs, affirmait lundi, à l'issue de cette journée de relance de la médiation, Aimé Alain Nyamitwe, le ministre burundais des Relations extérieures. Il ne s'agit en aucun cas de récuser la médiation et nous ne fermons pas la porte au dialogue, mais nous rejetons cette date décrétée sans nous consulter », explique-t-il. Selon lui, le gouvernement a fait montre d'ouverture en allant à Entebbe lundi, mais des consultations doivent maintenant être engagées pour que le dialogue suive « un cours normal ».

« Il n'y a pas de négociations sans un minimum de conditions », estime-t-il. Aimé Alain Nyamitwe rappelle notamment que discuter avec le Cnared, l'opposition anti-troisième mandat accusée par le pouvoir d'être impliquée dans la tentative de putsch de mai, reste une ligne rouge pour le gouvernement. Lundi, le président Yoweri Museveni avait pourtant pressé les parties à aller au dialogue sans condition.

L'opposition d'accord

De son côté, le Cnared (Conseil national pour le respect de l'accord d'Arusha et de l'état de droit au Burundi) considère que la date du 6 janvier correspond à l'urgence de la situation délétère du pays. « Le gouvernement cherche un délai supplémentaire parce qu'il craint que l'issue des négociations ne lui soit pas favorable et d'être poursuivi pour ses crimes s'il quitte le pouvoir », estime Pancrace Cimpaye.

Le porte-parole du Cnared veut toutefois croire que la reprise du dialogue le 6 janvier reste possible : il compte sur les pressions de la communauté internationale. « Vus les risques que comporte cette crise, elle ne peut pas rester attentiste », souligne-il.

L'UA optimiste

Quant au représentant spécial de l’Union africaine pour la région des Grands Lacs, il n’hésite pas à citer les Fables de La Fontaine. Faisant référence au laboureur et ses enfants, Ibrahima Fall assure que le grain est en train de germer et il tire un bilan positif de la journée de lundi. « Sur le plan de la participation, puisque toutes les parties ont été représentées et à un niveau politique important, je pense que la réunion peut être considérée comme un succès », estime-t-il.

Le coup de frein du gouvernement burundais sur la date du 6 janvier n’inquiète pas le diplomate. « La petite expérience que j’ai me permet de penser qu’il s’agit là de positions de départ, explique Ibrahima Fall. Et d’ailleurs quand on se retrouvera le 6 janvier ou à une autre date, chaque partie va venir en fixant la barre très haut sur les conditions. Mais c’est ça la dynamique d’une négociation, d’un dialogue. »

Dans le cas du Burundi, les exigences de chaque partie sont telles que trouver un terrain d’entente risque de prendre encore du temps.

Le 29 Décembre 2015

Avec RFI

une femme regarde les corps des hommes tués dans un quartier de Bujumbura

L’Union africaine (UA) a annoncé qu’elle allait envoyer une mission de 5 000 hommes au Burundi pour tenter de stopper les violences dans le pays. Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA, réuni vendredi 18 décembre à Addis Abeba, a ainsi décidé, dans un communiqué, « d’autoriser le déploiement d’une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu) pour une période initiale de six mois, renouvelable ». Le CPS de l’UA a également demandé au gouvernement du Burundi de confirmer « dans les 96 heures suivant l’adoption de ce communiqué » qu’il « accepte le déploiement de la Maprobu et de coopérer » avec elle.

L'Union africaine avait déjà annoncé, vendredi, qu'elle ne laisserait pas un nouveau génocide avoir lieu sur son sol. Il s’agit donc d’une première mesure qui vient d’être adoptée et qui se traduit par l’envoi de cette force de stabilisation, sous l'égide de l'Union africaine, avec le support de l'ONU et de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est.

Cependant, il faut encore attendre l'accord du gouvernement burundais qui a quatre jours pour donner sa réponse. Joint par RFI, Smaïl Chergui, commissaire Paix et Sécurité de l'Union africaine, précise que cette force aurait pour but principal de ramener le calme dans le pays afin de rendre possible la tenue d'un dialogue inclusif.

« Nous sommes extrêmement préoccupés au niveau de l’Union africaine, d’où l’intérêt de toutes ces positions prises par le Conseil paix et sécurité, en particulier l’envoi d’une force de stabilisation - du niveau d’une brigade, c’est-à-dire 5 000 hommes - y compris l’unité police pour stabiliser la situation. Cette force se veut d’abord une contribution à ramener un peu la quiétude dans le pays. C’est ce qui va nous permettre d’arriver à la mesure phare, à la mesure importante, à travers laquelle nous souhaitons que ce problème commence à se régler, à savoir le dialogue inclusif. Evidemment il y a un délai qui a été fixé et nousespérons que nous obtiendrons rapidement la réponse du gouvernement en faveur de ce déploiement. Si ce n’est pas le cas, évidemment il y a des mesures que vous pouvez prévoir dès maintenant, y compris l’imposition de sanctions », a déclaré Smaïl Chergui.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a ainsi donné quatre jours au gouvernement du Burundi pour accepter l'arrivée de cette force. Le CPS a prévenu que si Bujumbura devait s’opposer à l’envoi de cette mission, l’UA prendrait donc « des mesures supplémentaires ».

Trois priorités

Selon Smaïl Chergui, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a trois priorités, à savoir le renforcement du personnel humanitaire sur place, l'envoi de cette force de stabilisation avec l'appui du reste de la communauté internationale et la reprise du dialogue pour une solutionpolitique au Burundi.

« La situation connait un glissement dangereux. Dans cette phase-là, onest presque en guerrecivile. C’est cela qu’il faut craindre tout de suite. Evidemment, nous avons nos propres observateurs des droitsde l’homme et militaires. Nous attendons toujours de pouvoir les ramener à cent au lieu de trente, actuellement. Deuxièmement, évidemment c’est d’envoyer cette force de stabilisation du niveau d’une brigade, donc c’est-à-dire 5 000 hommes, y compris l’unité police, pour stabiliser la situation. Cette force sera évidemment sous commandement de l’Union africaine. Ces forces viendraient essentiellement de la Force est-africaine. Son mandat est celui de stabiliser le pays, de le préparer à une solution politique, inclusive. On devrait s’attendre à ce que le Conseil de sécurité applique pleinement ce déploiement et donne les moyens à l’Union africaine pour l’accomplir dans des conditions acceptables », a expliqué Smaïl Chergui.

Le 20 Décembre 2015

Avec RFI

 

Des officiers de la police patrouillent dans le quartier de Ngagara, à Bujumbura, le 27 avril 2015

La nuit a été violente à Bujumbura au Burundi et, ce vendredi matin, le calme semble loin d’être revenu. Deux camps militaires du nord et du sud de la capitale ont été attaqués simultanément à l'aube et les assaillants repoussés après plusieurs heures d'intenses affrontements.

Tout a commencé ce vendredi matin, à l’aube, vers 4 heures (heure locale). Des insurgés armés ont attaqué deux camps militaires. Le premier est situé au nord de la capitale, le camp Ngagara, où les assaillants ne sont pas parvenus à pénétrer et selon des sources militaires, ils ont subi beaucoup de pertes. Dans le sud de Bujumbura, dans le quartier de Musaga qui abrite plusieurs campas militaires, les affrontements ont été très violents. Certains soldats ont rejoint les insurgés et se sont servis en armes dans un camp de base avant de s’introduire dans l’Iscam, l’institut supérieur qui forme les officiers burundais.

A ce moment, les insurgés ont été attaqués par des militaires venus d’une autre caserne toute proche. Il y a eu de violents affrontements qui ont duré plusieurs heures avant que les assaillants ne décrochent. Le porte-parole de l’armée, le colonel Gaspard Baratuza, vient de s’exprimer et de donner un bilan. Douze assaillants ont été tués et 20 capturés, alors que l’armée ne compterait que 5 blessés. Aucune source indépendante ne confirme encore ce bilan puisque la Croix-Rouge n’est pas encore autorisée à se rendre sur place.

Une population entre deux feux

Les habitants de Bujumbura se disent terrorisés. Ils parlent d’explosions, de tirs à la mitrailleuse et d’un déluge de feu comme ils n’en avaient pas entendu depuis la guerre civile pour certains. Après des heures d’affrontements, il semble que le temps soit à l’accalmie pour l’instant même si des tirs sporadiques sont encore entendus dans les quartiers contestataires de Bujumbura.

Les gens sont encore terrés dans leur maison. Certains axes principaux sont toujours fermés à la circulation. Et même si la vie a repris petit à petit dans les quartiers qui ne sont pas touchés, on peut parler d’une ville qui est une ville morte.

Après plus de neuf heures d’affrontements, aucun officier ne s’est encore exprimé. Il y a eu un Conseil des ministres à la présidence de Pierre Nkurunziza. Une réunion  révue depuis deux jours, assure son porte-parole adjoint, consacrée au budget 2016. A la fin de cette réunion, le conseiller en communication du président, Willy Niyamitwé a affirmé sur son compte twitter que le gouvernement n'a pas décrété d'état d'urgence.

Situation tendue depuis plusieurs mois

Les ambassades des Etats-Unis, de Belgique, de France et des Pays-Bas ainsi que l'ONU ont appelé vendredi leurs ressortissants et employés à ne pas quitter leur domicile. Le Burundi est en proie à des violences qui ont déjà fait des centaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés depuis que Pierre Nkurunziza a décidé en avril de briguer un troisième mandat, qu'il a remporté cet été, ignorant les protestations de l'opposition qui jugeait cette initiative contraire à la Constitution.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a jugé de son côté, il y a dix jours que le Burundi était au bord d'une guerre aux « effets potentiellement désastreux sur une région déjà fragile ».

Le 11 Décembre 2015
Avec RFI

Un policier patrouille dans les rues de Bujumbura, la capitale, fin juillet 2015

Les opérations de désarmement forcé ont commencé dimanche 8 novembre à Bujumbura, quelques heures après l'expiration de l'ultimatum lancé lundi dernier par le président Nkurunziza. Elles ont débuté dans le quartier de Mutakura, un quartier dit «contestataire», du nord de la capitale, et se sont déroulées dans le calme selon les autorités, qui tentent de rassurer sur leurs intentions.

Dès l'aube dimanche, des centaines de policiers ont encerclé le quartier de Mutakura. Selon des témoins, ils ont ensuite procédé à des fouilles « maison par maison », dans un quartier quasi-désert. La plupart des habitants ont préféré partir, fuyant les assassinats devenus presque quotidiens, et de peur que la fin de l'ultimatum ne se traduise par une répression violente.

A la mi-journée, la police a présenté à quelques journalistes une dizaine de fusils dont des kalashnikovs ainsi que des grenades, retrouvés, selon les forces de l'ordre, au cours de ce ratissage matinal. Le ministre de la Sécurité publique, dont les discours avaient inquiété la communauté internationale s'est ensuite rendu sur les lieux. Devant la presse il a tenu des propos rassurants. « L'opération se déroulera de façon professionnelle, dans le respect des droits de l'homme, de la vie humaine » a-t-il assuré.

Un témoin raconte avoir vu des hommes en uniforme intimider des habitants et piller des maisons. Mais selon Willy Nyamitwe, le conseiller en communication du président, cela ne veut rien dire. Des uniformes des forces de l'ordre circulent en ville, explique-t-il, il est donc devenu très facile, selon lui, de s'en procurer. Willy Nyamitwe invite par ailleurs, les habitants de Mutakura à regagner leurs domiciles.

Le ministre de la Sécurité publique a expliqué que l'opération se poursuivrait « le temps qu’il faudra » et qu'un premier bilan d'étape serait rendu public d'ici quelques jours.

Le 09 Novembre 2015
Avec RFI

Un Militaire de forces armées Burundaise

L'AFP, RFI et leur correspondant au Burundi, Esdras Ndikumana, ont formellement porté plainte lundi pour torture. Le 2 août dernier, Esdras Ndikumana est arrêté par le Service national du renseignement (SNR) alors qu'il était en train de couvrir l'assassinat du général Adolphe Nshimirimna. Il est emmené dans leurs locaux et roué de coups pendant plus de deux heures. RFI et l'AFP s'en étaient immédiatement plaints aux autorités. Onze jours après, le chef de l'Etat Pierre Nkurunziza avait promis des sanctions contre les responsables. Et depuis, rien. Malgré une nouvelle lettre de notre radio et de l'Agence de presse. Lettre restée sans réponse. D'où ces plaintes.

Ce sont deux plaintes distinctes qui ont été déposées auprès du procureur général de la République auprès de la Cour suprême à Bujumbura : « Deux plaintes contre X, agents du service du renseignement pour tortures infligées à Esdras Ndikumana, correspondant de RFI et de l'AFP ».

L'une d'elles est déposée au nom d'Esdras Ndikumana lui-même. Notre confrère y raconte comment il a été injustement arrêté sur les lieux de l'assassinat du Général Adolphe Nshimirimana, à Kamenge, alors qu'il travaillait. C'était le 2 août. « Le motif de mon arrestation ne m'a jamais été signifié », précise Esdras Ndikumana.

Notre correspondant explique également dans cette plainte qu'il a été battu dès son arrestation et emmené au Service national du renseignement. La séance de passage à tabac a duré près de deux heures. « Les agents m'ont tout pris, portefeuille, argent, montre, alliance, sans qu'aucun procès-verbal ne soit établi », poursuit ce document.

RFI et l'AFP ont également porté plainte argumentant que les deux sociétés avaient subi un préjudice. Les deux médias et leur correspondant estiment que ces faits constituent une violation de la Convention contre la torture, mais aussi du Code pénal burundais sur au moins deux points : torture et extorsion.

Dans leurs plaintes, ils notent que malgré les promesses de sanctions du président Pierre Nkurunziza, ils n'ont pas connaissance d'éventuelles suites judiciaires et que l'identification des responsables ne devrait poser aucune difficulté, vu que cette séance de torture a eu lieu en plein jour dans les locaux du SNR.

Le 19 Octobre 2015
Avec RFI

Des militaires burundais dans une rue de Bujumbura

Après l'assassinat du général Adolphe Nshimirimana dimanche matin, tué dans une attaque à la roquette à Bujumbura, on craint une escalade de la violence au Burundi. Considéré comme le véritable numéro deux du régime, avec sa mort, c’est le cœur de l’appareil sécuritaire qui a été touché.

Des tirs ont été entendus dans plusieurs quartiers contestataires de la capitale ce dimanche soir, notamment à Nyakabiga et Jabe. Après l'assassinat du général Adolphe Nshimirimana, de nombreux habitants sont sous le choc à Bujumbura. Ils redoutent une escalade de la violence après cette attaque intervenue au grand jour, en fin de matinée et dans le quartier de Kamenge, l'un des fiefs du parti présidentiel, le CNDD-FDD, et également QG du général Nshimirimana, figure très influente et redoutée dans le pays.

Le président Pierre Nkurunziza s'est adressé à la nation. Il a condamné « un acte ignoble » et a appelé tous ses concitoyens au calme. Le porte-parole de Pierre Nkurunziza précise également que le président burundais « a donné sept jours pour que les enquêtes en cours aboutissent et que les auteurs de ce crime puissent être identifiés et traduits devant la justice. »

«Le chef de l’Etat appelle tout le monde à la retenue pour qu’on ne fasse pas de cet assassinat un prétexte pour se lancer dans des actes de vengeance.» declare Gervais Abayeho, Porte-parole du président burundais.

Crainte de l'embrasement et appels au dialogue

Dans toutes les réactions, la crainte est la même : celle d'un nouvel embrasement. L'Union africaine se dit « horrifiée », condamne « un acte barbare » susceptible de « déstabiliser un peu plus le Burundi, déjà dans une situation fragile », et lance un appel au dialogue. « Nkosazana Dlamini-Zuma lance un appel aux Burundais pour qu’ils fassent preuve de la plus grande retenue, qu’ils ne cèdent pas à ce qui pourrait être perçu comme une provocation et s’abstiennent de toute mesure de représailles qui déstabiliserait encore davantage le pays, indique Jacob Enoh Eben, le porte-parole de la présidente de la Commission de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. La présidente de la Commission de l’Union africaine exhorte donc une fois de plus les Burundais à s'asseoir autour d'une même table. Elle invite le gouvernement burundais, le parti au pouvoir, l’opposition et la société civile à avoir une discussion franche, car ils sont les mieux placés pour trouver une solution durable à la situation difficile du pays.

L'Union africaine appelle également les autorités et les Burundais de manière générale à faire preuve de la plus grande retenue. Un message qu'ont également fait passer de nombreuses chancelleries au cours de la journée. De son côté, l'Union européenne parle d'une « dangereuse escalade de la violence » et souligne l'impérieuse nécessité de revenir au dialogue « pour sortir le pays de l’impasse » politique actuelle. L'UE demande la réactivation de la médiation ougandaise qui a été ajournée sine die le 19 juillet dernier, juste avant l'élection présidentielle.

Pour Abdoulaye Bathily, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique Centrale et ancien facilitateur de l'ONU au Burundi, cet assassinat est le signe clair d'une aggravation de la crise que connaît le pays depuis quelques mois. « Je voudrais exprimer ma tristesse face à ce nouvel épisode de la tragédie burundaise, a-t-il regretté. Cette crise, pour la résoudre, il faut aller au-delà des petites recettes de la cuisine politicienne, et que les acteurs burundais, à tous les niveaux, fassent preuve de responsabilité. (…) Cet événement ne doit pas être l’occasion d’aller encore vers un nouvel épisode dans la fuite en avant. Il n’y a pas d’autre solution. Les élections n’ont pas réglé la crise du Burundi, les élections l’ont même approfondie. Donc il faut que les Burundais se mettent autour de la table, se parlent et trouvent une solution à la crise. »

Reprendre le dialogue, c'est aussi ce que demande l'opposition, pointée du doigt par des sources sécuritaires après l'assassinat du général. « La mort d'un Burundais est toujours une perte pour le pays, mais il faut en tirer des leçons », estime Léonard Nyangoma, nommé samedi à la tête de la nouvelle pateforme d'opposition. « Cet assassinat est le résultat d'un climat délétère créé et entretenu par le régime. Ca devrait être un signal pour nous tous et surtout pour le président de s'engager sans condition au dialogue », souligne-t-il.

L'appareil sécuritaire touché en plein cœur

L’attaque s’est déroulée dimanche en fin de matinée. Selon des témoins, le général Adolphe Nshimirimana se trouvait dans sa voiture avec ses gardes du corps lorsqu'il été touché par deux tirs de roquettes avant d'être visé à l'arme automatique. Des témoins disent avoir vu sa voiture criblée de balles. Selon la police, sept personnes ont été arrêtées, mais aucune information n'a filtré sur leur identité. Willy Nyamitwe, le conseiller en communication de la présidence a rapidement confirmé le décès en ces termes : « J'ai perdu un frère, un compagnon de lutte ».

Adolphe Nshmirimana était une figure incontournable de l'appareil sécuritaire. Il était l'un de ces généraux sur lesquels le président Pierre Nkurunziza savait qu'il pouvait s'appuyer. Il était considéré comme le véritable numéro deux du régime. Comme Pierre Nkurunziza, il avait fait ses armes au sein de la rébellion hutu du CNDD-FDD, devenue aujourd'hui parti présidentiel. Le général Nshimirimana en était même devenu le chef d'état-major. Mais il était surtout connu pour avoir dirigé pendant dix ans le puissant Service national de renseignement. Et même s'il avait été écarté de ce poste en novembre 2014 pour devenir chargé de mission auprès de la présidence, il avait en réalité conservé toute son influence sur l'appareil sécuritaire du pays. Agissant désormais dans l'ombre, il incarnait la ligne dure du régime et était souvent présenté comme l'un des artisans de la répression des manifestations de ces derniers mois et aussi de l'échec de la tentative de coup d'Etat de mai dernier.

Le 03 Août 2015
Avec RFI

Le leader de l'opposition burundaise Agathon Rwasa lors d'une interview le 22 juillet 2015 à Bujumbura

L'élection d'Agathon Rwasa au poste de vice-président de l’Assemblée nationale avec les voix du parti au pouvoir a semé le trouble au sein de l'opposition burundaise. Même si depuis le début de la contestation, Agathon Rwasa, principal opposant du pays, leader historique de l'ancienne rébellion des FLN, s'était singularisé par certaines prises de position. Au point que certains le soupçonnaient de vouloir faire cavalier seul. Une méfiance d'une partie de la classe politique congolaise vis-à-vis d'Agathon Rwasa qui ne date pas d'hier.

A Bujumbura, Agathon Rwasa est volontiers qualifié d' « ambigu », « changeant », « insaisissable ». Ambigu, l'ancien chef rebelle l'a été d'abord vis-à-vis des manifestations : il n'a jamais personnellement appelé à descendre dans la rue, tout en disant comprendre les motivations de ceux qui protestaient.

Il l'a ensuite été en décidant d'être candidat à la présidentielle tout en expliquant que le climat sécuritaire ne permettait pas d'organiser un scrutin crédible et qu'il concourrait à condition que Pierre Nkurunziza retire sa candidature. Mais finalement, quelques semaines plus tard, à la veille de la présidentielle, Agathon Rwasa est le seul des candidats de l'opposition à refuser d'annoncer formellement son retrait de la course tout en appelant au boycott du scrutin.

Ambigu, Agathon Rwasa l'a encore été en refusant la semaine dernière de soutenir le Conseil national pour la restauration de l'accord d'Arusha, une plateforme d'opposition destinée à poursuivre la lutte contre le président Pierre Nkurunziza. Expliquant, pour justifier ce choix, ne pas avoir été associé aux discussions préalables, quand d'autres lui reprochent au contraire ses absences répétées à certaines réunions d'opposition.

Finalement, c'est peut-être dans son refus de valider les résultats des élections qu'Agathon Rwasa avait jusqu'à présent été le moins ambigu, les qualifiant systématiquement de « fantaisistes ». Il l'avait répété en fin de semaine dernière encore. Savait-il déjà, alors, qu'il deviendrait le vice-président d'une Assemblée nationale issue de l'un de ces mêmes scrutins. Beaucoup aujourd'hui s'interrogent.

Le 31 Juillet 2015
Avec RFI

Pierre Nkurunziza lors de son premier meeting pour la présidentielle, le 26 juin à Bujumbura, la capitale

Réélu avec 69 % des voix, Pierre Nkurunziza fait grincer des dents. Cette large victoire est contestée par l'opposition, qui juge anti-constitutionnel un troisième mandat du président sortant. Les mouvements de contestation provoqués par l'annonce de sa candidature s'étaient soldés par plus de 80 morts, et une partie de l'armée avait tenté de le déloger à la mi-mai au moyen d'un coup d'Etat, en vain.

L'issue du scrutin ne faisait aucun doute. Le président sortant du Burundi Pierre Nkurunziza a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle aujourd'hui par la commission électorale nationale indépendante (Céni). En recueillant 69,41 % des voix, Pierre Nkurunziza est réélu pour un troisième mandat consécutif très controvorsé, et jugé contraire à la Constitution par ses adversaires. L'opposition n'avait pas pu faire campagne et plusieurs candidats s'étaient désistés. Le scrutin, qui s'est tenu lundi, a d'ailleurs été boycotté par l'opposition et de nombreuses violences ont eu lieu la veille et le jour de l'élection.

La participation s'est élevée à 73,44%, selon la Céni, alors qu'observateurs et journalistes avaient constaté une affluence relativement moyenne dans les bureaux de vote. Le chef de l'Etat l'emporte dans 16 des 18 provinces du pays, notamment à Bujumbura, qui lui est traditionnellement hostile mais où votaient de nombreux militaires et policiers déployés dans la capitale le jour du vote. Principal opposant, Agathon Rwasa, qui représentait la coalition d'opposition, arrive en deuxième position avec 18,99% des suffrages. Les six autres candidats ont recueilli de très faibles scores. En avril, l'annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat a plongé le pays dans la plus grave crise politique qu'il ait connu depuis dix ans.

Un mandat jugé anti-constitutionnel

Depuis l'annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza, manifestations et violences ont fait plus de 80 morts. En mai, un coup d'Etat raté a tenté de déloger Pierre Nkurunziza de son fauteuil présidentiel. Les Etats d'Afrique de l'Est, sous l'égide du président ougandais Yoweri Museveni, ont amorçé des négociations en juillet et tenté de repousser les élections maintes fois pour enrayer cette crise politique et mettre fin aux violences quotidiennes, en vain. Pierre Nkurunziza a montré sa volonté de s'accrocher au pouvoir. Les autorités burundaises ont maté toute contestation de la société civile avec violence, au point de faire taire les voix dissonantes depuis juin, jusqu'à la veille du scrutin. Près de 160 000 Burundais ont fui dans les pays voisins. La communauté internationale estimait que le climat d'intimidation et de violences politiques, ainsi que l'absence de médias privés au Burundi, ne permettait pas des élections crédibles.

Déjà élu en 2005 et réélu en 2010, Pierre Nkurunziza débute ici son troisième mandat. L'oppositon politique et la société civile jugent ce dernier anti-constitutionnel. En effet, l'article 96 de la Constitution burundaise limite l'exercice du pouvoir exécutif à dix ans: «Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois.» Pierre Nkurunziza ne fait pas figure d'exception dans le paysage politique africain. Déjà, plusieurs dirigeants ont manifesté leur volonté de conserver le pouvoir malgré les dispositions légales censées les en empêcher.

Le 27 Juillet 2015
Avec Le Figaro

Museveni

Le président Museveni, désigné le 6 juillet comme nouveau médiateur lors du dernier sommet de la communauté est-africaine à Dar es Salaam, arrive ce mardi au Burundi. Une visite éclair de 24 heures, à six jours de la présidentielle contestée. L'opposition a dénoncé et rejeté les résolutions de ce sommet jugé trop favorable au président Nkurunziza. Le camp présidentiel les avait saluées. Que faut-il attendre du chef de l'Etat ougandais ?

Que peut réellement accomplir Yoweri Museveni en 24 heures ? Difficile à dire. Même son programme n'a rien d'arrêté. La communauté est-africaine a prévu une série de rendez-vous : rencontre avec les anciens chefs d'Etat, les partis politiques et les leaders religieux. Mais il peut les changer selon ses souhaits, explique un officiel est-africain. Une chose est sûre, le président Nkurunziza doit accueillir son homologue ougandais à l'aéroport. Un premier tête-à-tête qui devrait être suivi d'un deuxième avant son départ du pays mercredi, selon la présidence burundaise.

Pour le reste, les acteurs politiques burundais semblent plutôt perplexes. Du côté du parti au pouvoir comme de l'opposition, on dit attendre de savoir quel est son message. La présidentielle est officiellement prévue pour le 21 juillet, dans tout juste une semaine. Le dernier sommet de Dar es Salaam prévoyait un report pour le 30 juillet. « C'était une recommandation et pas une injonction. Il fallait que le président du Burundi respecte sa Constitution », explique Willy Nyamitwe, conseiller en communication du président et directeur de campagne du CNDD-FDD, le parti au pouvoir.

C'est grave, réplique l'opposition. L'opposition compte demander au chef d'Etat ougandais de revenir aux recommandations et à la feuille de route de l'Union africaine : dialogue sans sujets tabous, y compris sur le troisième mandat, définition d’une date consensuelle pour de nouvelles élections. L’opposition va donc rencontrer le président Yoweri Museveni. Léonce Ngendakumana, président de l'Alliance démocratique pour le changement (ADC), explique pourquoi : « Nous allons le rencontrer, nous allons écouter son message parce que nous ne connaissons pas jusqu’à maintenant l’ordre du jour, indique-t-il. Nous allons l’écouter et nous allons lui présenter la situation qui prévaut dans ce pays. Et nous allons également lui présenter notre position. Nous attendons beaucoup de Museveni, non pas en tant que facilitateur, mais comme garant de l’accord d’Arusha puisque c’est lui qui était président de l’initiative régionale pour la négociation de cet accord. Donc on attend son soutien pour défendre l’accord d’Arusha. »

Le camp présidentiel souhaite de son côté le voir convaincre la même opposition de participer aux scrutins à venir et d'accepter les résultats passés.

"Nous attendons de cette visite qu’il parvienne à convaincre le reste de l’opposition radicale, qui veut pratiquer la politique de la chaise vide, que pour arriver au pouvoir il faut passer par la voie des urnes."
Willy NyamitweConseiller en communication du président burundais et directeur de campagne du CNDD-FDD

Le 14 Juillet 2015
Par RFI

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