Patrouille de la Minusca à Bangui, le 14 septembre 2015

En Centrafrique, on connaît désormais la liste définitive des candidats à la présidentielle du 27 décembre. Sur les 44 dossiers déposés, 30 ont été retenus par la Cour constitutionnelle de transition ce mardi. Parmi les recalés, l'ancien président François Bozizé et Patrice Edouard Ngaissona, ancien leader anti-balaka. Peu après la publication de la liste des candidats, la tension est montée d'un cran à Bangui.

Des barricades ont été de nouveau érigées dans les quartiers réputés fidèles à François Bozizé ou Edouard Ngaissona: Boy Rabe, Combattants et Gobongo dans le nord de la ville, mais aussi vers PK9, au sud-ouest. Les rues de la capitale se sont vidées.

Pourquoi ces candidats ont-ils été recalés ? Quels sont ceux qui ont été retenus ? Deux raisons ont été invoquées pour expliquer le refus du dossier de François Bozizé. D'abord, l'absence de preuve de son inscription sur les listes électorales. Et pour cause, l'ancien président, frappé d'interdiction de voyager, n'a pu se déplacer pour s'inscrire. La Cour constitutionnelle se réfère aussi à l'article premier de l'accord signé à Libreville en janvier 2013 et qui interdisait au président Bozizé de briguer un nouveau mandat.

Casiers judiciaires et dossiers incomplets

Patrice Edouard Ngaissona se voit, lui, reprocher son casier judiciaire et des créances auprès d'entreprises d'Etat pour un montant dépassant les 500 millions de francs CFA. Exit aussi Michel Amine, condamné pour une affaire de faux passeport. Condamnations, absence du versement de la caution de 5 millions de FCFA ou dossier incomplet auront été les principaux arguments utilisés pour justifier l'invalidation de 14 candidatures.

Parmi les dossiers retenus, ceux d'anciens Premiers ministres : Martin Ziguélé, Anicet Georges Dologuélé ou Faustin Touadéra. Une douzaine d'anciens ministres sont aussi dans la course, dont Karim Meckassoua, Désiré Kolingba, Cyriaque Gonda, Jean Willybiro-Sacko ou Jean Serge Bokassa entre autres. Des diplomates également, comme l'ancien ambassadeur à l'ONU Charles Armel Doubane, mais aussi le défenseur des de l'homme Mathias Morouba. Une seule femme en revanche, l'ex-ministre Regina Konzi.

La campagne présidentielle officielle démarre le 12 décembre. Le 13 doit se tenir le referendum constitutionnel.

La liste complète des 30 candidats à la présidentielle :

- Anicet Georges Dologuélé
- Faustin Archange Touadéra
- Jean Michel Mandaba
- Martin Ziguélé
- Charles Armel Doubane
- Fidèle Gouandjika
- Désiré Kolingba Nzanga
- Sylvain Patassé-Ngakoutou
- Cyriaque Gonda
- Guy Moskit
- Timoléon Mbaikoua
- Régina Konzi
- Gaston Mandata Nguérékata
- Abdou Karim Meckassoua
- Jean-Barkès Ngombe-Ketté
- Laurent Gomina-Pampali
- Constant Gouyomgbia Kongba Zézé
- Mathias Barthélemy Morouba
- Jean Willybiro-Sako
- Théodore Kapou
- Émile Gros Raymond Nakombo
- Xavier Sylvestre Yangongo
- Théophile Sony Colé
- Maxime Kazagui
- Olivier Gabirault
- Stanislas Moussa Kembé
- Jean-Baptiste Koba
- Jean Serge Bokassa
- Marcel Djimassé
- Joseph Yakete

Le 09 Décembre 2015
Avec RFI

les églises du reveil se sont prononcées favorables au dialogue convoqué par Joseph Kabila

Les Eglises du réveil se sont prononcées favorablement au dialogue convoqué par le président Joseph Kabila. Comme l'Eglise catholique, elles disent craindre que le sang coule à nouveau en RDC, mais contrairement à cette dernière, elles ne posent pas le respect de la Constitution comme la condition essentielle. Elles souhaitent surtout que ce dialogue soit le plus représentatif possible et que les acteurs politiques se parlent. Jean Oscar Kiziamina, président du Haut conseil des Eglises du réveil, explique les raisons de ce choix.

Le 08 Décembre 2015

Avec RFI

Siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 17 novembre 2015

C'est ce mardi 8 décembre que se joue l'avenir de la coopération entre l'Union européenne et le Burundi. Bujumbura est invité à donner des gages à l'UE sur sa volonté de remédier aux violations de ses engagements en matière de respect des droits de l'homme et des principes démocratiques, sous peine d'une rupture de lacoopération bilatérale. L'enjeu est de taille car l'aide européenne représente environ 20% du budget de l'Etat burundais.

Les consultations seront menées du côté européen par le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Bert Koenders, et le commissaire européen au développement, Neven Mimica. Côté burundais c'est le chef de la diplomatie Alain Willy Nyamitwe qui chapeautera la délégation. « Nous ne venons pas au tribunal, nous venons discuter avec des amis, des partenaires », assure Alain Aimé Nyamitwe. A quelques heures de cette réunion cruciale, le chef de la diplomatie burundaise se dit « serein ».

L'Union européenne attend en tout cas des gages de bonne volonté et ce dès demain. « Ce n'est pas l'ouverture d'une négociation », prévient un diplomate européen. Après avoir traîné des pieds, Bujumbura semble prendre la procédure au sérieux. En témoigne l'ampleur de la délégation présente à Bruxelles, six ministres et une vingtaine de personnes au total. Mais ces dernières semaines, Bujumbura, sous pression, n'a pas infléchi sa ligne pour autant. 

Hier matin encore la justice burundaise a ordonné la saisie officielle des comptes de la ligue Iteka, l'une des principales associations de défense des droits de l'homme du pays, et de la RPA, la première radio burundaise. La RPA dont la réouverture devrait justement figurer au menu des consultations.

Dans l'entourage de la présidence burundaise, on précise aussi que la délégation « n'est pas arrivée les mains vides ». En somme Bujumbura ne vient pas seulement pour donner des gages, mais compte bien également faire entendre ses arguments.

Des sanctions « graduées » si pas d'accord

Côté européen, c’est le dernier recours dont dispose l’UE. Parmi les sujets qui seront abordés en vertu de l’accord de Cotonou : la réouverture des médias privés, la sécurité pour les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme, la nécessité une justice équitable, et d’enquêtes sérieuses sur les allégations de torture et/ou d’exécution extrajudiciaire.

Autre point essentiel : la reprise d’un dialogue inclusif sous médiation internationale et la mise en place d’un plan de sortie de crise. Sur le volet sécuritaire enfin, l’UE demande la poursuite du désarmement en présence d’observateurs. Le désarmement de toutes les forces autres qu’issues la police et l’armée.

Sur tous ces points, Bujumbura, qui a eu quelques plusieurs semaines pour se préparer, doit donc présenter à l’Union européenne des propositions de solutions. Ensuite deux issues possibles : soit les deux parties s’entendent et établissent une feuille de route, dont l’application pourra être évaluée régulièrement. Soit il n’y a pas d’accord possible et l’UE s’oriente vers des sanctions « graduées », qui peuvent aller de la suspension de quelques programmes à une rupture totale de coopération. Dans cette hypothèse, une résolution pourrait être soumise au Conseil de l’UE au cours du mois de janvier.

20% du budget du pays en suspend

L’Europe c’est 20% du budget burundais. Une aide dont Bujumbura va avoir du mal à se passer. Cela représente tout de même plus de 400 millions d’euros entre 2014 et 2020. Il est vrai que Bujumbura s’est rapproché de la Chine, les deux pays ont échangé beaucoup lors du dernier sommet Chine-Afrique en Afrique du Sud, où Bujumbura a été très présente, mais il est difficile de l’avis de plusieurs officiels européens de penser que l’aide chinoise puisse remplacer l’aide européenne.

La Chine fait essentiellement du prêt et pas du don, analyse un diplomate, et une partie de l’aide européenne est directement affectée au fonctionnement de l’Etat burundais. L’Union européenne souhaite d’ailleurs éviter le scénario d’une rupture totale de la coopération. L’objectif de la réunion c’est bien d’éviter un tel scénario et de trouver une solution à ce qu’elle qualifie de guerre civile larvée. Pour éviter que les populations, déjà premières victimes de la crise, ne soient privées de ces ressources, principalement affectées à des projets dans les domaines de la santé et de la nutrition.

 

Le 08 Décembre 2015

Avec RFI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guillaume Soro et le président Alassane Ouattara, le 7 août 2011 lors de l'anniversaire de l'indépendance ivoirienne

La justice française souhaite entendre le président de l'Assemblée nationale ivoirienne. Guillaume Soro est visé par un mandat d'amener, dans le cadre d'une plainte déposée par le fils de l'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo. Michel Gbagbo affirme avoir été enlevé et séquestré pendant plusieurs mois après son arrestation, en 2011.

Arrêté à Abidjan, le 11 avril 2011, en même temps que son père, Michel Gbagbo affirme avoir été « enlevé, séquestré » et victime de « traitements inhumains et dégradants » pendant quatre mois, entre son arrestation au mois d'avril et son inculpation formelle au mois d'août de la même année.

Le fils de l'ancien président ivoirien est également citoyen français. Il a donc déposé plainte en France, auprès du parquet de Paris, au mois de juin 2012. Saisie du dossier, la juge d'instruction Sabine Khéris a adressé une convocation à Guillaume Soro pour l'entendre sous le statut de témoin assisté.

Mais, selon l'ambassade de Côte d'Ivoire en France, cette convocation n'a été « retrouvée » que ce lundi 7 décembre, à Abidjan. Les avocats du président de l'Assemblée ivoirienne évoquent une « erreur du consulat général de France ».

N'ayant aucune réponse de Guillaume Soro, la juge d'instruction a délivré un mandat d'amener et des policiers français se sont alors rendus, ce lundi matin 7 décembre, à l'adresse qu'ils pensaient être celle du président de l'Assemblée nationale ivoirienne en France. Ils ne l’ont pas trouvé.

Immunité diplomatique

Les avocats de Guillaume Soro protestent contre cette convocation du juge d’instruction. Joint par RFI, Maître Jean-Paul Benoît, précise que le président de l’Assemblée nationale ivoirienne était à Paris en déplacement officiel et qu’il bénéficiait, par conséquent, de l’immunité diplomatique.

« Il est là, en sa qualité de président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire et il était en France dans le cadre de la Cop21. Cette mission fait l’objet d’un ordre de mission signé par le président de la République ivoirienne. Donc, monsieur Soro était protégé pendant cette présence en France, par une immunité qui tient à sa qualité de deuxième personnage de Côte d’Ivoire, du fait qu’il était en mission officielle pour l’Assemblée nationale et pour la Cop 21, au titre de l’Etat ivoirien. Ce mandat d’amener n’avait pas, dans ce contexte, la moindre raison d’être », a souligné Maître Jean-Paul Benoît, avocat de Guillaume Soro.

De son côté, Maître Habiba Touré, avocate de Michel Gabgbo, rejette le motif de l’immunité diplomatique.

« Que dire aux propos de mon confrère qui a tendance à confondre immunité et impunité ? Donc, c’est quand même gênant, de la part d’un avocat. Et puis surtout, je suis surprise qu’il puisse commenter les actes procéduraux. S’il entend les contester, il connait très bien la voie procédurale la plus adaptée pour le faire », a déclaré à RFI, Me Habiba Touré.

« En ce qui nous concerne, il y a une procédure en cours. Tout ce qu’on demande, c’est que justice soit faite et que tous les actes nécessaires à la manifestation de la vérité soit accomplis. Personne n’est au-dessus des lois et je crois qu’on sera tous d’accord là-dessus. Donc, que monsieur Soro ne s’estime pas au-dessus des lois et qu’il réponde à la justice si véritablement il n’a rien à se reprocher », a ajouté Maître Habiba Touré, avocate de Michel Gbagbo.

Le 08 Décembre 2015
Avec RFI

Le général Gilbert Diendéré, à Ouagadougou, le 25 juillet 2014

Au Burkina Faso, le général Diendéré a été inculpé de complicité dans l’assassinat du président Thomas Sankara lors du coup d'Etat du 15 octobre 1987. Auteur de la tentative de putsch en septembre, Gilbert Diendéré est déjà incarcéré. Une dizaine de personnes, dont plusieurs soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle, ont été inculpées pour leur implication présumée dans l'affaire Sankara. L’enquête sur l’assassinat du premier président du Burkina Faso avait été relancée par le gouvernement de transition après l’insurrection populaire d’octobre 2014.

C'était l'une des grandes promesses de la transition : faire la lumière sur la mort de Thomas Sankara. Le Premier ministre Isaac Zida avait annoncé peu après sa prise de fonction que « la poursuite des présumés coupables serait entreprise et que justice serait rendue ».

Avec l'inculpation, hier, du général Diendéré, cette promesse prend la voie d'être tenue.

Mariam Sankara, la veuve du président, n'a pas souhaité s'exprimer. Mais elle rappelait en septembre dernier sur RFI que Gilbert Diendéré avait été cité plusieurs fois dans le dossier. « Il semble impliqué. Il était responsable des militaires qui ont été cités dans cette affaire », précisait-elle.

En 1987, le général Diendéré dirigeait en effet régiment des commandos para de Po. C'est lui, le 15 octobre de cette année-là, qui a supervisé l'arrestation du président. En mai dernier, le corps de Thomas Sankara a été exhumé pour tenter d'établir les circonstances de son assassinat. Les rapports d'autopsie font état de plusieurs impacts de balles sur le corps du capitaine. Mais la famille Sankara et leurs avocats attendent toujours les résultats des tests ADN effectués sur les restes retrouvés dans la supposée tombe de Thomas Sankara.

« Pour nous, sankaristes, cela dénote réellement que notre combat depuis 27 ans n'a pas été un combat vain. Donc pour nous, c'est une joie d'avoir le début de solutionnement et de la vérité sur le dossier Thomas Sankara », se réjouit Nestor Bassière, vice-président du parti sankariste UNIR/PS pour lequel cette inculpation n'est qu'un début : « aujourd'hui, avec l'inculpation du général Diendéré, nous avons l'inculpation officielle de Blaise Compaoré. Nous voulons tous connaître la vérité sur ce qui s'est réellement passé le 15 octobre 1987. Nous avons demandé aux nouvelles autorités de conduire le dossier jusqu'à terme. Nous attendons du président Roch une justice au service du peuple, une justice où le coupable, quelque soit son rang, doit être puni conformément à la loi. »

Une première étape vers la vérité, c'est également le sentiment d'Alexandre Sankara, secrétaire national chargé de la communication de l'UNIR : « Nous sommes satisfaits de cette inculpation que nous attendions parce que le général Gilbert Diendéré a joué un rôle d'orchestre dans l'assassinat du président Thomas Sankara. Le commando qui a exécuté froidement le président Thomas Sankara était sous les ordres du général Diendéré. Donc c'est une victoire d'étape pour la famille sankariste pour le peuple burkinabè qui attendait depuis 27 ans que la lumière soit faite sur cet assassinat crapuleux. Si le général Diendéré est inculpé, beaucoup de choses au cours du procès seront dites, et on connaîtra enfin ce qui s'est passé avant, pendant et après le 15 octobre. »

Le 07 Décembre 2015
Avec RFI

 

Paul Kagame lors d'une réunion des chefs d'Etat de l'Union Africaine, le 30 janvier 2015

Au Rwanda, le président Paul Kagame a accusé ce dimanche la communauté internationale de s'immiscer dans les affaires rwandaises en critiquant la réforme constitutionnelle devant lui permettre de briguer un 3e mandat en 2017. Il a tenu ces propos lors d'une réunion du FPR, le parti au pouvoir. Mardi, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, avait exhorté le président rwandais à ne pas se représenter. L'Union européenne avait pour sa part estimé qu'une révision constitutionnelle conçue dans l'intérêt d'un seul individu perdait en « crédibilité ».

« Nous pouvons être bons amis, nous pouvons convenir d'être en désaccord, mais la limite est lorsqu'il est question des intérêts des Rwandais », a déclaré Paul Kagame dans un discours mêlant anglais et kinyarwanda.

Mardi, évoquant le vote du Parlement, l'ambassadrice américaine à l'ONU avait indiqué être au courant de « manœuvres parlementaires » au Rwanda. Une phrase qui a particulièrement agacé le président rwandais. « Nos choix sont qualifiés de manœuvres parlementaires, quand nos actes ne correspondent pas aux vœux d'autres nations », a-t-il critiqué face à un parterre de responsables de son parti. « Si vous voulez obtenir quelque chose de moi en me prenant de haut », a-t-il également déclaré « vous pouvez être sûr à 100% que vous ne l'obtiendrez pas. Soyez sûrs que vous aurez l'inverse », a-t-il prévenu.

Paul Kagame, qui a toujours indiqué qu'il ne se représenterait en 2017 que s'il était plébiscité par son peuple, a déclaré aux membres du FPR que sa décision serait « basée sur le (résultat du) référendum » devant entériner la réforme de la Constitution.

Le 07 Décembre 2015
Avec RFI

dimanche, 06 décembre 2015 16:12

Libye : que sont devenus les enfants Kadhafi?

Écrit par

Mouammar Kadhafi à Tripoli, le 1er septembre 2011

Prison, tribunal, exil, fosse commune. La vie n’a pas été particulièrement clémente avec les dix enfants Kadhafi (huit enfants biologiques et deux enfants adoptifs), depuis la mort par lynchage de leur père en septembre 2011 par une foule en délire. Trois d’entre eux ont été tués, alors que d’autres sont en cavale. D’autres encore pourrissent dans les prisons de Tripoli en attendant que la justice libyenne puisse se prononcer sur leur sort, ce qui est le cas de Saadi Kadhafi. A l’occasion de la réouverture du procès de ce dernier, ce dimanche 6 décembre, retour sur les heurs et malheurs du clan Kadhafi.

Elevée dans l’opulence des pétrodollars, la fratrie Kadhafi a souvent défrayé la chronique lorsque le père, le « guide » de la Jamahiriya « libyenne, arabe et populaire », régnait en maître incontesté à Tripoli. Ils s’appelaient Mohamed, Saïf al-Islam, Saadi, Mouatassim, Hannibal, Saïf al-Arab, Khamis et Milad. Aïcha était la seule fille du raïs, apparemment la prunelle des yeux d’un père aussi aimant qu’extravagant.

Pour être juste, les enfants Kadhafi avaient pour la plupart fait de bonnes études, voire même des études poussées, qui à la London School of Economics (Saïf al-Islam), qui à l’université Paris-Dauphine (Aïcha) ou dans une école d’ingénierie en Allemagne (Saïf al-Arab). Ils n’ont pas tous défrayé la chronique, non plus. En réalité, outre un trio de frères agités et flambeurs (Saadi, Mouatassim et Hannibal), les autres menaient des vies discrètes, à l’abri du regard des curieux et des paparazzis.

Mais en l’été 2011, lorsque le régime s’est écroulé, débouchant le 20 octobre sur la mort atroce de son fondateur entre les mains de miliciens en colère, la foudre de l’Histoire avec un grand « H » n’a pas épargné les existences des enfants. Ils ont été dispersés aux quatre coins du Moyen-Orient et de l’Afrique, quand ils n’avaient pas déjà été capturés ou tués.

De la prison au prétoire

Saadi, dont le procès s’ouvre à Tripoli ce dimanche 6 décembre, après moult ajournements et retards, est « l’enfant terrible » de la fratrie Kadhafi. Footballeur raté, playboy international, ancien membre de la jet-set, l’homme, 41 ans, aujourd’hui tête rasée, jouit d’une réputation sulfureuse dans la presse occidentale, relayée par les sites d’opposition libyens.

Passionné de foot, Saadi est le troisième fils de l’ex-guide libyen. Il se fait connaître au début des années 2000 lorsque, après avoir longtemps joué dans des clubs libyens, il débarque en Italie pour se faire un nom en tant que footballeur de niveau international. Fort des pétrodollars libyens qu’il se dit prêt à investir dans la business du foot, il signe avec des clubs prestigieux (Pérouse, Udinese, la Sampdoria de Gênes).

Mais faute de talent suffisant sa carrière sportive ne décolle jamais vraiment. En fait, son renom médiatique, le Kadhafi junior le doit moins à ses performances sur les terrains de sport, qu’à ses frasques à la sortie des boîtes de nuit ou au volant de sa Lamborghini Diablo jaune coûtant plus de 300 000 euros.

L'enfant terrible du « guide »

Rappelé en 2007 au pays par son père, sans doute pour limiter les dégâts, Saadi se distingue au cours des dernières années du régime Kadhafi en lançant des projets touristiques hasardeux, avant de se reconvertir dans l’armée en dirigeant une unité d’élite. Mobilisé dès le début de l’insurrection contre la Jamahiriya en été 2011, il participe à la répression des rebelles, avant de prendre la fuite vers le Niger en septembre, lorsque les bastions kadhafistes tombent les uns après les autres.

Les autorités nigériennes lui accordent l’asile politique pour des « raisons humanitaires », mais sous la pression internationale, elles doivent changer d’avis et se résigner à l’extrader en mars 2014 vers son pays. Il semblerait que ce sont les preuves fournies par les services de renseignement libyens des activités subversives que menait ce réfugié pas comme les autres contre le régime de transition à Tripoli qui auraient décidé Niamey à le livrer à son pays.

Depuis, placé en détention provisoire dans la prison al-Habda à Tripoli, Saadi répond aux enquêteurs qui l’interrogent sur les crimes dont on l’accuse : son implication dans la répression meurtrière de la révolte de 2011 et le meurtre en 2005 d’un ancien entraîneur d’al-Ittihad , club de football de Tripoli, qui s’était moqué de ses maladresses footballistiques.

Ces accusations, l’intéressé les réfute en bloc. Mais pourra-t-il longtemps tenir sa ligne de défense ? En août, une vidéo avait fuité sur les réseaux sociaux montrant Saadi Kadhafi subissant des menaces et des tortures aux mains de ses geôliers. La vidéo avait ému la communauté internationale, qui s’inquiète de voir le procès de Saadi déraper et se transformer en une « parodie de justice ».

Parodie de justice

La presse parle aussi de « parodie de justice » en évoquant le procès d’un autre fils du « guide », Saïf al-Islam, le dauphin présomptif. Ce docteur en philosophie, architecte-urbaniste de formation, était considéré comme la main droite de son père. Bien connu des négociateurs occidentaux, ce parfait anglophone savait gommer les aspérités du régime, qui constituaient des obstacles majeurs à la normalisation des relations entre la Libye et les Etats-Unis ou l’Europe.

C’est notamment son talent de négociateur qui avait permis de débloquer avec la France le dossier de la libération des infirmières bulgares en 2007 et celui de l’indemnisation des familles des victimes de l’attentat de Lockerbie (Ecosse) contre un DC-10 de la compagnie française UTA abattu au-dessus du Ténéré en 1988.

Or, les Libyens se souviennent de Saïf, dont le nom signifie « la glaive de l’islam », haranguant à la télévision nationale pendant la guerre civile et menaçant de noyer les ennemis du régime sous des « rivières de sang ». A la mort de son père, l’intéressé avait pris la relève à la tête des combats du clan, avant de prendre la fuite à travers le désert. Capturé en novembre 2011 par une brigade hostile aux autorités de Tripoli, Saïf a été jugé en 2014 par un tribunal libyen pour des atrocités perpétrées contre des civils. Jugé, et condamné à mort.

Empêché par ses geôliers de se présenter à son procès, l’accusé avait dû témoigner par vidéoconférence. La sentence du tribunal peut être exécutée à n’importe quel instant, sauf si la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis un mandat d’arrêt contre le « fils préféré » du dictateur libyen déchu, parvient à persuader les autorités libyennes de le transférer à la Haye.

De Tripoli à Oman, en passant par l’Algérie

Outre les représentants de la communauté internationale, au moins une autre personne suit de près l’évolution des dossiers judiciaires de Saadi et Saïf, les deux fils les plus en vue de l’ancien maître de la défunte Jamahiriya. Il s’agit de leur mère Safia Farkash, l’infirmière d’origine croate que Mouammar Kadhafi avait épousée en secondes noces, au début des années 1970. Celle-ci vit aujourd’hui dans le sultanat d’Oman, où une partie de la famille et des affidés du dictateur déchu de Tripoli ont trouvé refuge après la guerre civile de 2011, après un détour par l’Algérie.

C’est le président algérien Abdelaziz Bouteflika en personne qui s’était occupé à l’époque de l’accueil de la famille du « guide » libyen. Il aurait donné l’assurance à ce dernier qu’il s’occuperait des siens en cas de malheur. Il avait tenu parole en recevant dans son pays, dès septembre 2011, notamment Safia et trois de ses enfants – Aïcha la seule fille du couple, Hannibal et Mohammed le très discret aîné de la fratrie né du premier mariage du raïs – et leurs familles. Toute la famille a ensuite obtenu l’asile politique dans le sultanat d’Oman.

C’est d’Oman que les proche,s et en particulier la matriarche Safia, suivent les malheurs des deux fils Kadhafi qui croupissent dans les prisons libyennes. Celle-ci a payé un lourd tribut à la guerre civile. Trois de ses fils y ont trouvé la mort. Son troisième fils Mouatassim, colonel de l’armée libyenne, est mort au combat aux côtés de son père lors du blocus de Syrte, le 20 octobre 2011. Son frère Saïf al-Arab a péri dans les bombardements de l’Otan en avril 2011. Enfin, Khamis, le benjamin, a été tué en défendant la dernière base militaire pro-kadhafiste de la capitale libyenne, en août de la même année.

Dans ces conditions, il est difficile pour la maman de rester insensible, surtout après avoir visionné les vidéos sorties cet été montrant son fils Saadi se faire torturer et tabasser par ses gardiens. Safia craint le pire, d’autant que la milice Fajr Libya (Aube de la Libye), qui tient Saadi, n’est autre que celle qui avait battu à mort son autre fils Mouatassim, lors du conflit de 2011. Elle a qualifié les tortures perpétrées contre son fils de « crime contre toutes les notions d’humanité ».

Le 06 Décembre 2015
Avec RFI

Azarias Ruberwa, chef du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD)

AFDL, MLC, RCD, CNDP, FDLR, ADF… Les noms des rébellions qui se sont succédées depuis vingt ans en République démocratique du Congo portent souvent des idéaux de démocratie et de liberté. Mais la réalité est plus dure : selon l’ONU et des ONG, ces groupes armés ont dévié de leur agenda et commis de graves crimes.

En 1996, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) du Congo est entrée avec des troupes essentiellement rwandaises dans l’est de ce qui était encore le Zaïre, cette ancienne colonie belge, riche en ressources naturelles (minerais, bois, etc.). Son objectif : renverser le régime de Mobutu Sese Seko, arrivé au pouvoir en 1965 et qui, après avoir conduit le pays à son âge d’or, a ruiné l’État, étouffé les libertés et réprimé les opposants.

« L’AFDL était une coalition de partis politiques qui voulait faire la guerre pour libérer l’est du Congo. Mais le peuple nous disait d’aller jusqu’à Kinshasa, d’y aller et de prendre le pouvoir », raconte Jeannot Mwenze Kongolo, nommé ministre de la Justice après que les rebelles ont atteint leur but en 1997.

Laurent-Désiré Kabila, chef de l’AFDL où a aussi servi son fils, l’actuel président Joseph Kabila, a pris le pouvoir. L’armée rwandaise a profité de son incursion pour traquer des Hutus ayant participé en 1994 au génocide des Tutsis au Rwanda. Selon plusieurs rapports, elle a aussi tué des Hutus rwandais et congolais innocents, avec la complicité de l’AFDL.

Une instabilité chronique

L’est de la République démocratique du Congo souffre depuis vingt ans d’une instabilité chronique. Le bilan est très lourd : 617 crimes graves ont été commis de 1993 à 2003, selon le rapport Mapping du Bureau conjoint de l’ONU pour les droits de l'homme (BCNUDH) publié en août 2010.

Lors de la Deuxième Guerre, qui a impliqué jusqu’à neuf pays entre 1998 et 2003, le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, jugé à la Cour pénale internationale pour des crimes commis au début des années 2000 en République centrafricaine, en a occupé une large partie à l’Ouest, tandis que le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) gérait une vaste zone à l’Est.

Le MLC, soutenu par l’Ouganda, a pris les armes en priorité pour déloger l’AFDL qui « avait suspendu les activités des partis politiques, instauré le monolithisme et la suspension des acquis de la Conférence nationale souveraine » des années 1990, quand le pays s’était ouvert à plus de démocratie, explique Ève Bazaïba, secrétaire générale du parti issu de l’ex-rébellion.

« Aux grands maux, il faut de grands remèdes », poursuit-elle, réfutant les accusations de violations des droits humains : le MLC, deuxième parti d’opposition parlementaire, dispose du « soutien de la population sur toute l'étendue de la RDC sans contrainte aucune », soutient-elle. Alors, « si crimes il y avait, comment analyser cette sympathie de la population ? »

De son côté, le RCD, appuyé par le Rwanda, désirait privilégier « l’unité » du peuple congolais, commente Azarias Ruberwa, chef du parti, et qui fut vice-président avec Jean-Pierre Bemba pendant la transition post-conflit entre 2003 et 2006. La guerre du RCD était un « cas de force majeure » et il n’a « pas conçu un agenda pour procéder au pillage, au viol, aux massacres », insiste-t-il.

Aujourd’hui, des dizaines de groupes armés sévissent dans l’Est. Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et le Mouvement du 23 mars (M23), déchus, ont marqué la région. Fondés sur les ruines du RCD et soutenus par le Rwanda, ils revendiquaient la protection des populations tutsies congolaises marginalisées par Kinshasa et la lutte contre les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Un « habillage démocratique »

Les FDLR comptent dans leurs leaders des génocidaires et sont accusées d’exactions contre les Congolais. Des attaques ciblant les civils sont attribuées à une autre rébellion étrangère, l’Alliance des forces démocratiques (ADF), créée par des combattants musulmans ougandais et qui aurait notamment massacré environ 450 personnes depuis octobre 2014.

« Un agenda peut être démocratique, mais au-delà des vertus [affichées, NDLR], il y a des vices. Donc, si les choses ne sont pas bien contrôlées, on peut en arriver à une situation qui est antidémocratique », juge Azarias Ruberwa. Au final, « l’intérêt du peuple ne compte pas » pour les rebelles, dénonce de son côté un analyste congolais pour qui les groupes armés ont des « objectifs multiples » - exploitation illégale de ressources, protection ethnique, protection de fermes, maintien d'une zone d'influence au profit d'un État étranger - qu’ils légitiment par un « habillage démocratique ».

Un analyste européen précise qu’ils bénéficient « bien souvent » du soutien de la communauté qu’ils prétendent défendre, mais finissent par prendre de « mauvaises habitudes », comme le prélèvement de « taxes illégales. Surtout, leurs chefs se rendent compte qu'ils peuvent faire du business », ce qui favorise la « criminalisation » des groupes armés.

Certains craignent le pire

Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001, élu en 2006 et réélu en 2011, ne peut briguer un nouveau mandat en novembre 2016. Il doit ouvrir un dialogue national pour jeter les bases d’élections apaisées, mais l’opposition compte bouder les pourparlers, dénonçant un complot pour qu’il puisse, à terme, s’accrocher à son poste.

Si cette thèse se confirmait, l’opposition et l’influente Église catholique ont menacé d’invoquer l’article 64 de la Constitution, qui stipule que « tout Congolais [doit] faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation » de la loi fondamentale.

Certains craignent le pire : en janvier, plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans la répression de manifestations contre un projet de loi qui risquait de prolonger le quinquennat de Joseph Kabila. Dans ce contexte, un observateur congolais redoute, lui, de « voir naître des groupes armés » qui se sentiraient « couverts par la Constitution ».

Le 05 Décembre 2015
Avec RFI

 

 Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une réunion à Paris, le 1er décembre 2015

Le vice-ministère russe de la Défense a accusé, mercredi, Recep Tayyip Erdogan et sa famille d'être directement impliqués dans le trafic pétrolier de l'EI. Le chef de l'État turc met Moscou au défi de prouver ces allégations.

La Russie est passée aux attaques personnelles dans la crise qui l'oppose à la Turquie. Le vice-ministre russe de la Défense, Anatoli Antonov, a accusé, mercredi 2 décembre, le président turc Erdogan et sa famille de profiter de la contrebande de pétrole à laquelle se livre l'organisation État islamique (EI) en Syrie.

"Le principal consommateur de ce pétrole volé à ses propriétaires légitimes, la Syrie et l'Irak, s'avère être la Turquie", a déclaré devant plusieurs centaines de journalistes Anatoli Antonov. "La classe dirigeante politique, dont Recep Tayyip Erdogan et sa famille, est impliquée dans ce commerce illégal", a-t-il poursuivi, ajoutant que "le cynisme du gouvernement turc est sans limite".

Anatoli Antonov a notamment mis en cause le gendre du président, Berat Albayrak et l'un de ses fils, Bilal, à la tête d'un groupe de travaux publics et de transport maritime : "En Occident, personne ne se pose de questions sur le fait que le fils du président turc dirige l’une des plus grandes compagnies d’hydrocarbures, ou que son gendre ait été nommé ministre de l’Énergie. Quelle merveilleuse affaire de famille ! » a-t-il ironisé.

Erdogan met sa démission sur la table

Le président Erdogan n'a pas tardé à réagir, menaçant de représailles si Moscou continuait à "propager des calomnies". "Personne n'a le droit de propager des calomnies sur les achats de pétrole par la Turquie à Daech", a-t-il déclaré lors d'un discours à Doha, au Qatar. "Si ces accusations continuent, nous prendrons nous-mêmes des mesures", a-t-il menacé.

Il a répété qu'il démissionnerait immédiatement si les accusations russes étaient prouvées. "Je ne resterai pas dans mon siège de président ne serait-ce qu'une seule minute si la Russie prouvait ses allégations. Mais ceux qui propagent ces calomnies ne devraient pas non plus garder leurs sièges", a-t-il lancé. "La Turquie n'a pas perdu ses valeurs morales au point d'acheter du pétrole à une organisation terroriste", a insisté le chef de l'État turc.

Ankara et Moscou traversent une grave crise depuis que l'aviation turque a abattu, le 24 novembre, un chasseur-bombardier russe Soukhoï 24 à sa frontière avec la Syrie. La Turquie affirme que l'appareil avait violé son espace aérien, ce que la Russie dément.

Premier signe de détente ?

Lundi, Vladimir Poutine avait estimé que la décision de l'aviation turque d'abattre un avion Su-24 russe avait été dictée par "la volonté de protéger ces chemins d'acheminement de pétrole vers le territoire turc". Il a assuré que l'or noir de l'EI était "acheminé de manière industrielle, vers la Turquie", générant des "millions et des milliards de dollars" de profit. Des accusations balayées par M. Erdogan, qui a mis au défi Moscou de prouver ses allégations.

Cette guerre des mots avait pourtant semblé se calmer mercredi, lorsque le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé une rencontre avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu. Cette rencontre devrait se tenir en marge du conseil des ministres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui se déroule à Belgrade le 3 et 4 décembre.

Le 02 Décembre 2015
Avec France24, AFP et Reteurs

Salim Benghalem, 35 ans, principal prévenu, est sous le coup d'un mandat d'arrêt international.

Le procès d'un réseau d'acheminement de candidats djihadistes vers les camps armés de Syrie entre 2012 et 2013 s'est ouvert ce mardi à Paris. Manque à la barre l'animateur présumé de la filière, le Français Salim Benghalem.

«Je n'ai pas combattu. J'ai appris à utiliser les armes, une petite kalachnikov. Cela demande dix minutes.» Barbe fournie, le visage sec et le regard noir, Abdelmalek Tanem est le premier à être interrogé au cours de ce procès qui s'ouvre à Paris et qui porte sur le démantèlement d'une filière d'acheminement de candidats djihadistes vers la Syrie. Agé de 26 ans, ce prévenu est considéré comme l'un des responsables de ce réseau chargé d'accueillir de nouvelles recrues en Syrie, où il se trouvait. A la barre, celui-ci reconnaît en avoir «récupéré trois». Trois jeunes hommes qui, comme lui, sont sur le banc des prévenus pour ce procès en correctionnelle, prévu jusqu'au 7 décembre.

Mais alors qu'on aurait souhaité qu'il se livre davantage sur ses activités syriennes, Abdelmalek Tanem mesure ses phrases, pèse ses mots, calibre ses réponses pour devenir très minimalistes. Le président, Denis Couhé, est alors obligé de multiplier les questions pour le contraindre à être un peu plus disert. Ainsi ce musulman pratiquant raconte être allé en Egypte et c'est en parlant avec un de ses habitants que l'idée lui est venu de se rendre en Syrie. «Pour lutter contre Bachar el-Assad», dit-il avant de concéder avoir appartenu, sur place, à deux groupes djihadistes, tout en évoquant un combat humanitaire.

Le président lui demande alors où il a emmené les trois jeunes qui venaient de Turquie et qu'il a pris en charge à la frontière. «Dans des QG», répond le prévenu. «C'est un terme militaire», lui fait remarquer le magistrat. On s'éloignerait donc de l'humanitaire... Mais le prévenu n'en dira guère plus.

«Les attentats parisiens? Vous les condamnez?»

Pour cerner son niveau d'engagement religieux, il est aussi questionné sur sa vie privée. Cet homme qui porte la barbe par respect pour «la tradition du prophète» est marié à une femme qui, admet-il, porte «le niqab». «Et que pensez-vous des attentats parisiens? Vous les condamnez?», interroge Denis Couhé: «oui», répond Abdelmalek Tanem, également interrogé sur Salim Benghalem, l'un des responsables de Daech. Considéré comme l'animateur de cette filière et le donneur d'ordre, celui-ci aurait dû être sur le banc des prévenus. Mais ce Français de 35 ans, devenu l'un des terroristes les plus recherchés au monde, serait aujourd'hui en Syrie. «Je désavoue tout le mal qu'il a fait», lance rapidement le prévenu comme pour se débarrasser de cette remarque contre celui qui l'aurait commandé. Mais sur les fonctions de Benghalem, avec lequel il était donc en contact permanent, Abdelmalek Tanem botte en touche et se mure dans le silence.

Un autre, prévenu, interrogé un peu plus tard, en dira davantage sur ce terroriste activement recherché. Karl Douant, 25 ans, s‘est retrouvé lui aussi en Syrie pour finalement, dit-il, revenir en France plus vite prévu car il ne voulait pas combattre. Lors de son séjour, il a rencontré Benghalem. «Il voulait m'envoyer sur la ligne de front», dit-il en se rappelant aussi de l'un de ses ordres: «Il faut faire la guerre à l'Occident!»

Le 02 Décembre 2015
Avec Le Figaro

Cours de change

Convertir