Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders

La Belgique s'inquiète de la situation en République démocratique du Congo. Violences entre manifestants et forces de l'ordre les 19 et 20 septembre, déclarations sur un report de l'élection présidentielle : le contexte est brûlant. Du coup, le ministère des Affaires étrangères a décidé de limiter dorénavant à six mois les visas pour les Congolais.

La mesure a été annoncée par Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères. Et le ministre précise que cette mesure va s'appliquer à ceux qui avaient jusqu'ici un visa pour un an maximum, à savoir les porteurs de passeports diplomatiques, qu'ils soient membres du gouvernement ou diplomates.

Pour le ministre des Affaires étrangères, cette mesure est rendue nécessaire par la période d'incertitude que va ouvrir la prolongation de la présidence de Joseph Kabila au-delà de la date butoir du 19 décembre prochain.

« Je crois qu'il faut faire passer le message que nous ne savons pas quelle sera la situation l'année prochaine, qu'on ne peut pas considérer que les choses vont se poursuivre sans aucun changement. Non, on a une situation qui va changer puisque normalement des élections auraient dû avoir lieu cette année. Donc le message doit être très clair sur le sujet, tant vis-à-vis d'ailleurs de la majorité que de l'opposition. On sait que les fichiers électoraux peuvent être prêts pour l'été prochain, et que l'on peut totalement mettre en place les élections, pas seulement présidentielle, mais aussi parlementaires avant la fin de l'année 2017, sans aucune difficulté. »

La Belgique réclame une ouverture plus large du dialogue national congolais à certains opposants qui font figure de grands absents comme Etienne Tshisekedi ou Moïse Katumbi. Didier Reynders demande par ailleurs une enquête de l'ONU sur les violences lors des manifestations des 19 et 20 septembre.

Le 06 Octobre 2016
Avec RFI

 Selon des chiffres publiés en 2015, 7,3 millions de Congolais de 5 à 17 ans ne fréquentent pas l'école, soit 28% de la population scolarisable

L'opposition, sous la conduite de l'UDPS d’Etienne Tshisekedi, appelle à une journée sans école ce lundi 5 septembre, date de la rentrée scolaire en République démocratique du Congo. De son côté, le gouvernement condamne cette initiative.

Selon Marc Kabund, le secrétaire général de l'UDPS, cet appel est une manière d'attirer l'attention de l'opinion sur les maux qui rongent le système éducatif en RDC.

« Le problème de l’enseignement dans notre pays devient un véritable casse-tête pour les parents et pour toute la société. Nous avons voulu dans cette action montrer au gouvernement que notre système éducatif est par terre et que des solutions devaient être trouvées d’une manière globale parce qu’on ne peut pas aujourd’hui avoir des enfants qui vont à l’école et une grande majorité qui n’y va pas, s'indigne le secrétaire général de l'UDPS. C’est insensé. Notre Constitution prévoit la gratuité et même le caractère obligatoire de l’enseignement à l’école primaire. Cela n’est pas respecté par notre gouvernement. »

Il appelle donc à une journée sans école en ce lundi de rentrée scolaire dans le pays. « Aujourd’hui, si les enfants congolais peuvent boycotter l’unique journée du 5 septembre pour exiger l’amélioration des conditions des études dans ce pays, pour exiger l’amélioration des conditions socio-économiques de leurs parents, exiger aussi que les autres enfants, qui n’ont jamais eu accès à l’école ou qui n’auront pas la possibilité d’aller à l’école, aient aussi cet accès, je trouve que l’action est salutaire et citoyenne », justifie-t-il.

Le gouvernement condamne cette initiative. Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement, y voit une manière d'utiliser les enfants à des fins politiques. « De la même manière que les associations des parents, le gouvernement condamne cette instrumentalisation des écoles, donc des enfants, dans la lutte politique, qui, du reste, est une première mondiale, rétorque Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement. Nous la condamnons, de même que nous condamnons le recrutement d’enfants soldats, car la place des enfants est à l’école, la place des enfants n’est pas dans les tranchées militaires ou les joutes politiciennes, quelle que soit d’ailleurs la légitimité que nous, adultes, nous pouvons attribuer à ce type d’activité pour des raisons que seul un adulte peut maîtriser ou comprendre. Mais pas des enfants. »

Le 05 Septembre 2016
Avec RFI

Les partisans de l'oposition ont manifesté le 31 juillet à Kinshasa en soutien à l'opposant historique de Joseph Kabila, Étienne Tshisekedi.

L'envoyé de l'Union européenne (UE) pour la région des Grands Lacs a appelé jeudi à Kinshasa le gouvernement congolais à libérer des détenus politiques afin de faciliter le dialogue avec l’opposition en vue de la tenue de l'élection présidentielle.

L’envoyé spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs, a appelé jeudi 4 août le gouvernement congolais à libérer des détenus politiques. Koen Vervaeke a plaidé en faveur d’un meilleur dialogue avec l’opposition en vue de la tenue de l'élection présidentielle.

Le diplomate européen s'exprimait en marge d'une réunion du Groupe international de soutien de la facilitation et au dialogue politique en RD Congo, composé des représentants de l'ONU, de l'UE, de la Francophonie, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).

Ce dialogue convoqué fin novembre 2015 par le président congolais Joseph Kabila "doit être équitable, inclusif" et se tenir dans "le respect de la Constitution congolaise", a ajouté le diplomate européen.

"Piège" du pouvoir

L'opposition avait d'abord boudé ce dialogue, le considérant comme un "piège" du pouvoir, avant de donner son accord moyennant des préalables, notamment la libération de tous les prisonniers politiques et d'opinion.

L'opposition craint depuis des mois que Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, ne reporte la présidentielle censée se tenir avant la fin de l'année mais devenue improbable.

Son mandat s'achève le 20 décembre et la Constitution lui interdit de se représenter mais la Cour constitutionnelle l'a autorisé en mai à rester en fonction jusqu'à l'élection de son successeur.

Six militants du mouvement des jeunes indignés opposés à toute prolongation du mandat de Joseph Kabila, condamnés pour "tentative d'incitation à la révolte", ont bénéficié le 22 juillet d'une grâce présidentielle, après avoir passé quatre mois en prison.

Avec AFP

Dans un message audio, Abubakar Shekau conteste son remplacement à la tête de Boko Haram

Dans un message audio, Abubakar Shekau s'adresse au groupe État islamique, qui a annoncé son limogeage à la tête de Boko Haram. Le Nigérian assure avoir été "trompé" et refuse de "suivre aveuglément" l'organisation terroriste.

On le disait affaibli, voire mort. Dans un message audio, diffusé jeudi 4 août, le désormais ancien chef de la secte islamiste Boko Haram, Abubakar Shekau, a affirmé être "toujours présent", malgré l’annonce de son remplacement par l’organisation État islamique (EI), auquel le groupe jihadiste nigérian a prêté allégeance en mars 2015.

Le message de dix minutes, dont la voix a été identifiée par un journaliste de l'AFP habitué aux déclarations du groupe, n'a pas encore été authentifié par les autorités, mais selon Yan St-Pierre, consultant en contre-terrorisme pour Modern Security Consulting, "la source de diffusion est très fiable".

Shekau réagit directement aux propos tenus par Abou Mosab al-Barnaoui dans Al-Nabaa, l’hebdomadaire officiel de l'EI, qui le présente comme le nouveau wali (chef) du califat de l'Afrique de l'Ouest. Le Nigérian, qui dirige le mouvement depuis 2009, affirme avoir été "trompé" par certains de ses combattants et l'EI, à qui il avait prêté allégeance en mars 2015, au point qu'il ne veut "plus les suivre aveuglément". "Par ce message, nous voulons affirmer que nous n'accepterons plus aucun émissaire [de l'EI], sauf ceux vraiment engagés dans la cause d'Allah", déclare-t-il.

Un groupe fortement divisé

Les spéculations sur la disparition de Shekau sont monnaie courante et l'armée nigériane l'a régulièrement déclaré mort. Sa dernière apparition remonte à mars lorsque, semblant affaibli dans une vidéo postée sur YouTube, il déclarait : "Pour moi, la fin est venue".

Blessé à l'estomac au moment de cette vidéo, selon des sources proches de la mouvance jihadiste, Shekau n'avait ensuite donné aucun signe de vie, et on le disait soit mort, soit en incapacité de diriger le groupe. "On voyait déjà d'un point de vue stratégique que le groupe était fortement divisé, analyse Yan St-Pierre. Maintenant la division est publique et le linge sale n'est plus lavé en famille."

Chercheur à l'Institut français du Proche-Orient et spécialiste des questions de jihad, Romain Caillet soulignait, mercredi, à l'AFP qu'"aucun élément dans cette interview [de Bardaoui à l'hebdomadaire de l'EI] ne laisse penser qu'Abubakar Shekau a été tué, ce qui indiquerait qu'il a probablement été limogé".

Abubakar Shekau a pris la tête de Boko Haram après l'exécution de son leader historique Mohammed Yusuf par les forces de l'ordre en 2009, qui avait marqué le début d'une vague de violences ayant fait quelque 20 000 morts et 2,6 millions de déplacés dans toute la région du lac Tchad.

Avec AFP

Denis Sassous-Nguesso investi Président

La capitale congolaise a accueilli ce samedi 16 avril, la cérémonie d'investiture de Denis Sassou-Nguesso après sa réélection contestée du 20 mars dernier. Près d'une dizaine de chefs d'Etat, tous africains, étaient au premier rang des invités réunis au Palais des congrès à Brazzaville. Les pays occidentaux y compris la France étaient représentés par leurs ambassadeurs.

La cérémonie au palais des Congrès qui était initialement prévue pour 11h heure locale, a finalement démarré à 13h. Denis Sassou-Nguesso a levé sa main pour prêter serment et devant la nation congolaise et le peuple congolais, il a juré de respecter solennellement et de faire respecter la nouvelle Constitution, celle qui a été adoptée le 25 octobre dernier. Denis Sassou-Nguesso a prêté serment devant ses homologues venus notamment du Niger, du Gabon, de l’Angola, de Sao Tomé-et-Principe.

Le président congolais, qui entame donc un nouveau mandat de 5 ans, a ensuite prononcé le discours de circonstance pour présenter les grandes lignes de son action au cours des cinq années à venir.

Sassou-Nguesso va devoir relever de nouveaux défis, mais aussi toujours les mêmes, notamment sur le plan économique et social, car malgré la manne pétrolière, la moitié des 4,5 millions d'habitants du quatrième producteur d'or noir d'Afrique subsaharienne vit dans la pauvreté.

Le 17 Avril 2016
Avec RFI

Le Président sud africain Jacob Zuma

L'Assemblée nationale sud-africaine va examiner une nouvelle motion de censure à l’encontre Jacob Zuma. Elle a été déposée par l’opposition, suite au verdict de la Cour constitutionnelle qui a estimé, jeudi dernier, que le président sud-africain a enfreint la Constitution en refusant jusqu'à présent de rembourser une partie de l'argent public utilisé pour rénover sa résidence privée.

C'est la énième procédure de destitution à laquelle fait face le président sud-africain Jacob Zuma. Jamais la contestation à son encontre n'a été aussi forte. Depuis jeudi 30 mars, les appels à la démission se multiplient y compris dans ses rangs.

Plusieurs vétérans de la lutte anti-apartheid sont sortis de leur silence pour lui demander de démissionner suite au verdict cinglant de la Cour constitutionnelle qui a jugé l'action du président inconstitutionnelle dans sa gestion du scandale Nkandla.

Et pourtant il n'y a quasiment aucune chance que cette motion passe. Il faudrait recueillir les voix des deux tiers de l'Assemblée. Mais l'ANC est non seulement majoritaire dans l'hémicycle mais surtout, le parti de Jacob Zuma a jusqu'à présent fait bloc derrière son président.

Pourtant, dans son verdict, la Cour constitutionnelle s'en est également prise aux parlementaires en les accusant d'avoir failli à leur devoir en ne demandant pas des comptes au chef de l'Etat.

Le vote de ce 05 avril devrait être intéressant. Les députés ANC devront soit privilégier le respect de la Constitution, soit leur fidélité au président.

Le 05 Avril 2016
Avec RFI

 Le QG des autorités locales du quartier de Makelekele, au sud de la capitale congolaise Brazzaville, a été incendié hier lors des affrontements du lundi 4 avril 2016.

C'est dans un contexte tendu, après une journée de violences, que la réélection contestée de Denis Sassou Nguesso a été officialisée hier soir, lundi 4 avril. La Cour constitutionnelle a validé la victoire du président sortant dès le premier tour avec 60,19% des voix alors que les autorités communiquaient un premier bilan des affrontements qui ont opposé lundi forces de sécurité et hommes en armes.

Au moins deux assaillants ont été tués dans les affrontements, ainsi que trois membres de forces de sécurité d'après la police.

Toute la journée, alors que des tirs sporadiques retentissaient encore dans la capitale,
des opérations de ratissage ont été menées dans les quartier Sud. Dix-neuf combattants présumés ont été arrêtés selon le porte-parole de la police, qui décrit des jeunes galvanisés, bardés de grigris.

Le pasteur Ntumi nie toute implication

La situation est désormais maîtrisée, affirme le colonel Monkala-Tchoumou, qui précise que les opérations de sécurisation vont se poursuivre ce mardi pour permettre aux habitants de rentrer chez eux en toute sécurité.

Des centaines de Brazzavillois ont en effet fui les quartiers Sud pour se réfugier en centre ville où ils se sont installés chez des parents ou dans des églises pour la nuit. Selon le gouvernement, l'attaque aurait été menée par des ex-rebelles ninjas se réclamant du Pasteur Ntumi.

Actif jusqu'en 2003, cet ancien chef rebelle s'était d'abord rallié au président Sassou-Nguesso avant de soutenir l'opposant Kolelas arrivé second de la présidentielle il y a 15 jours. Le pasteur Ntumi dément lui toute implication et estime qu'il s'agit sans doute de l'expression d'un ras-le-bol des jeunes après 32 ans de présidence Sassou-Nguesso.

L'opposition dénonce une «manipulation du pouvoir»

Une source gouvernementale souligne que la méthode de guérilla et les armes lourdes employées pointent plus vers une attaque professionnelle et structurée que vers une manifestation de colère spontanée. D'ailleurs dès la mi-journée lundi, dans un communiqué lu à la télévision, le porte-parole du gouvernement congolais accusait des ex-Ninja, les «Ninja Nsiloulou», ces miliciens actifs durant la guerre civile d'être à l'origine de ce qu'il a qualifié «de véritable action terroriste». Le gouvernement promet d'ailleurs d'enquêter sur de possibles lien entre cette attaque et l'opposition.

Mais cette version officielle ne fait pas l'unanimité. Dans l'entourage d'un autre oposant Jean-Marie Michel Mokoko, certains n'excluaient lundi soir pas une « manipulation du pouvoir » destinée « reprendre la main » en pleine contestation de l'élection. « On dit que c'est l'opposition, quelles sont les preuves ?», interroge pour sa part Guy-Brice Parfait Kolelas.

Le 05 Avril 2016
Avec RFI

Les rues de Brazzaville livrées à des tirs à l'arme lourde

Dans la capitale du Congo-Brazzaville, des tirs nourris, y compris à l’arme lourde, ont été entendus ce lundi. Les premières informations font état d’une possible attaque d’un poste militaire par des hommes armés.

Les détonations qui venaient des quartiers sud et qui ont même réveillé les quartiers nord ne sont plus entendues en cette fin de matinée au Congo-Brazzaville. Selon des témoignages concordants d’habitants joints dans le quartier de Mayanga, Bacongo et Makélékélé, les armes ont crépité entre 2 heures et 6 heures ce matin. C’est l’armée qui aurait riposté à une attaque menée par des hommes non identifiés pour l’instant.

Des habitants terrés chez eux

Des sources officielles contactées jusque-là n’étaient vraiment pas disponibles pour nous donner leur version des faits. Plusieurs autres témoignages indiquent que le commissariat de police de Makélékélé a été incendié. Un bâtiment de la mairie aurait aussi été touché.

Certains habitants des quartiers sud restent terrés chez eux, tandis que d’autres ont préféré se mettre à l’abri dans les quartiers du centre de Brazzaville. La circulation des minibus en direction des quartiers concernés par les détonations a été interrompue. Le climat qui règne actuellement dans la ville n’est pas vraiment celui des grands jours ouvrables.

Le 04 Avril 2016
Avec RFI

 

Patrouille de soldats français de l’opération Sangaris à Boda, RCA, le 14 avril 2014

Les nouvelles allégations d'abus sexuels portées à l'encontre des soldats de maintien de la paix en Centrafrique ont suscité des réactions d'indignation jeudi de la part de la communauté internationale et notamment de la France, qui fait partie des pays concernés. « L'honneur de la France serait engagé », a déclaré François Hollande, si elles été avérées. A Paris cependant, des fonctionnaires de la Défense s'interrogent sur ces éventuels nouveaux cas.

Mercredi, l'ONG AIDS-Free World a publié un communiqué reprenant des informations émanant de l'ONU faisant état de « jeunes forcées à avoir une relation sexuelle avec un chien » devant des militaires français. Les faits porteraient sur la période 2013-2015, dans la région de Dékoa. Les réactions n'ont pas manqué.

De nouveaux soupçons de viols en RCA

L'ambassadeur de France aux Nations unies, François Delattre, a parlé d'accusations « révoltantes et odieuses ». « Les autorités françaises sont déterminées à faire toute la lumière sur ces graves accusations », a-t-il ajouté.

Le président de la République François Hollande a assuré vendredi soir 1er avril sa volonté d'« établir la vérité », sans « impunité ». « On ne peut pas et je ne peux pas accepter qu'il y ait la moindre tache sur la réputation de nos armées, c'est-à-dire de la France » ; « ce serait l'honneur de la France qui serait engagé et c'est pourquoi la plus grande exigence de vérité et la plus grande affirmation du refus de toute impunité doivent être exprimées aujourd'hui par la voix du chef de l'Etat. »

Les militaires de leur côté s'interrogent, après ces nouvelles accusations. A Paris, au sein de l'armée française, on a du mal à croire à cette nouvelle affaire. « Autant les allégations de pédophilie, révélées l'an dernier, méritent que l'enquête aille à son terme, autant les dernières accusations proférées à l'encontre la force Sangaris ne semblent pas crédibles », confient certains militaires, contactés par RFI. Des militaires qui, par ailleurs, ne cachent pas leur colère, certains laissant même entendre une manipulation destinée à discréditer l'action de la France.

Pour sa part, le ministère de la Défense précise simplement avoir reçu, mercredi 30 mars, un courrier du Haut Commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme, faisant étant de nouveaux abus sexuels. Coïncidence, c'était le jour de la visite à Bangui du ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault à l'occasion de la prestation de serment du nouveau président Touadéra. Le dossier a été immédiatement transmis au parquet. « Ces histoires de vidéos, on en avait entendu parler depuis des mois », confie à RFI, un gradé français. « Une enquête interne a même été menée, sur place en RCA. Des films ont été retrouvés, mais il s'agit de vidéos zoophiles-pornograhiques, circulant sous le manteau. En aucun cas, elles ne mettent en scène des militaires français », assure-t-il.

L'ONU réfléchit à de nouvelles mesures

A présent, l'affaire est entre les mains de la justice. « Si les faits sont établis, des sanctions disciplinaires exemplaires seront prises, en complément de la réponse pénale », assure-t-on au ministère de la Défense.

Plus de quarante jeunes filles affirment être tombées enceintes à la suite d'abus sexuels. En tout, ce sont plus d'une centaine de nouveaux cas qui ont été rendus publics par les Nations unies.

Hervé Ladsous, le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix veut de nouvelles mesures pour pouvoir lutter contre ce fléau : « ce serait tout simplement, lorsqu'un casque bleu arrive en mission de recueillir un échantillon d'ADN qui serait ensuite stocké de manière à ce que, si une accusation est formulée, si un cas se précise, on puisse sortir cet échantillon, fait les comparaisons nécessaires. Cela répondrait en particulier aux demandes de reconnaissance de paternité parce qu'il y en a aussi des cas comme ça. »

Dans sa lutte contre les abus sexuels, l'ONU a déjà renvoyé de Centrafrique des contingents entiers de casques bleus. Mais cette nouvelle mesure des tests ADN ne pourra être mise en place qu'avec l'accord des pays contributeurs de troupes. Ces mêmes pays qui rechignent le plus souvent à mener les enquêtes qui visent leurs soldats.

Le 02 Avril 2016
Avec RFI

 Le président sud-africain Jacob Zuma

Le président Jacob Zuma s’excuse pour le scandale provoqué par l’utilisation de fonds publics pour rénover sa résidence privée Nkandla. Le président s’est adressé à la nation en direct à la télévision en début de soirée vendredi soir 1er avril. Une intervention qui survient au lendemain d'un jugement sans demi-mesure de la Cour constitutionnelle qui lui a ordonné de rembourser une partie de l’argent, jugeant en outre qu’il avait violé la Constitution.

La pression s’accentue davantage sur le chef de l’Etat. Le verdict de la Cour constitutionnelle a été cinglant : le président a failli à ses obligations en refusant de rembourser l’argent public dépensé sur sa résidence privée, et il n’a ni respecté, ni défendu la Constitution, a estimé le juge qui a lu le verdict. Une véritable claque pour le chef de l’Etat, dont la réaction était attendue.

L'opposition lance une procédure de destitution contre Zuma

Le président Zuma a indiqué qu’il acceptait la décision de la Cour et qu’il allait obtempérer. Il assure qu'il n'a jamais voulu délibérément violer la Constitution, qu’il n’a pas voulu être malhonnête : « Je n’ai pas agi malhonnêtement. Mes actions n’ont jamais été motivées par des intentions corrompues ou par le désir d’utiliser les fonds de l’Etat pour mon propre bénéfice ou celui de ma famille. Dès lors, j’ai accepté de rembourser les travaux qui seront identifiés. » Il s'est également excusé pour « la confusion et la frustration causées » par l'affaire.

C’est un président grave, tendu et visiblement fatigué qui s’est exprimé. A noter qu’il ne s’est pas excusé pour ses fautes. Au contraire, il a rejeté la responsabilité sur les gens autour de lui qui l’ont mal conseillé.

Que va faire le parti au pouvoir ?

L'ANC a tenu une conférence de presse dans la foulée. Le secrétaire général a annoncé qu’il acceptait le verdict de la cour. Il a appelé le Parlement à se conformer à cette décision. Ni le chef de l’Etat ni le secrétaire général de l’ANC n’ont parlé des implications de cette affaire, du fait que le chef de l’Etat ait violé la Constitution. Ils n’ont pas évoqué les appels à sa démission, ni à sa destitution, comme si c’était quelque chose qui n’était absolument pas envisageable. Autant dire que ces excuses risquent d’être jugées faibles par certains à la vue de l’ampleur du scandale.

Le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, a annoncé une réunion du parti dès lundi 4 avril, ouverte à tous les membres de l’ANC. En attendant, les six hauts dirigeants de l'ANC se sont réunis. Le « top 6 », comme on les appelle ici, à savoir : le chef de l'Etat, le vice-président, le secrétaire général du parti, son adjointe, le trésorier et la présidente nationale du parti.

Selon les analystes politiques, le top 6 ne prend aucune décision sans consulter au préalable le comité exécutif de l'ANC, un organe de décision composé d'environ 80 membres, ministres, adjoints, gouverneurs de province, etc. Ce sont eux qui peuvent demander au président de se retirer. C'est d'ailleurs sous la pression de ce comité que l'ex-président Thabo Mbeki avait démissionné en 2008.

Mais selon les analystes politiques, Jacob Zuma jouit toujours du soutien d'au moins 60% de cet organe. Des membres qui risquent de perdre leur poste au gouvernement si d’aventure le président était rappelé. Peu de chance donc de voir la moindre contestation émaner de cet organe. La réunion a eu lieu à Pretoria, à la résidence du chef de l'Etat, et non au siège du parti. Signe, selon les observateurs, que le président Zuma est toujours aux commandes.

Thuli Madonsela, gardienne de l’Etat de droit

Mis à part ces affaires d’appareil, le verdict de la Cour constitutionnelle est remarquable à plusieurs égards.

C’est tout d’abord une cour de justice capable de demander des comptes à un chef de l'Etat. Certes, le président Zuma va devoir rembourser l'argent des citoyens. Mais pour Zwelinzima Vavi, ancien secrétaire général de la Cosatu, la puissante confédération des syndicats, c'est surtout une victoire symbolique contre l'impunité. « C'est une victoire pour la justice, une victoire pour Nelson Mandela et tous les héros de la lutte. Voilà ce pourquoi nous nous sommes battus. Pour que tous, nous soyons égaux face à la loi. Et notre président doit comprendre qu'il n'est pas au-dessus des lois », se réjouit-il.

Pour Marc Lewis, directeur de Corruption Watch, une organisation de lutte contre la corruption, ce verdict est la preuve de la bonne santé des institutions sud-africaines.
« Les pouvoirs de la médiatrice de la République ont été confirmés, ce qui pour une organisation comme celle pour laquelle je travaille est extrêmement important. Mais je pense que ça a été une très bonne journée pour la démocratie sud-africaine, ça a été la preuve qu'elle fonctionne.»

Derrière cette victoire, il y a une femme : Thuli Madonsela, médiatrice de la République, qui depuis deux ans s'acharne à faire respecter l'Etat de droit. Ironiquement, c'est le président Zuma lui-même qui l'a nommée à ce poste.

Le 01 Avril 2016
Avec RFI

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