Julius Malema au tribunal de Polokwane, le 26 septembre 2012

Le procès de Julius Malema devrait s'ouvrir ce lundi à Polokwane, en Afrique du Sud, après avoir été repoussé plusieurs fois depuis 2013. Pas moins de 55 chefs d'accusation pèsent sur le jeune leader du parti de gauche radical EFF et ses deux co-accusés. Le trio doit notamment répondre de corruption, racket et blanchiment d'argent, via deux sociétés : On Point Engineering et Propriétés Gwama.

Les enjeux sont forts pour ce procès qui doit durer six semaines. Dans cette affaire, le leader populiste sud-africain est soupçonné d'avoir profité de ses connexions politiques pour influencer l'attribution d'un marché public. En 2009, l'entreprise On Point Engineering remporte un projet de près de 4 millions d'euros dans la province du Limpopo. A l'époque, Julius Malema détenait des actions dans cette société. Selon l'Etat à l'origine des poursuites, les responsables de la compagnie avaient affirmé dans leur candidature que leur société avait 9 ans d'expérience alors qu'ils l'avaient en fait fondée un mois auparavant.

Une « entreprise criminelle » visant à mener « des activités de racket », selon le parquet. Il n'y aurait pas eu d'appel d'offres et Julius Malema et sa famille auraient bénéficié d'importants pots-de-vin à travers plusieurs sociétés-écrans.

Si le leader du parti EFF (Combattants de la liberté économique) et ses co-accusés sont reconnus coupables, ils risquent plusieurs années de prison. Et une telle condamnation porterait certainement un coup fatal à la carrière politique du jeune président du parti de gauche radical.

Julius Malema est d'ailleurs de plus en plus critiqué dans les rangs mêmes de son parti. Ce week-end, des dissidents ont brûlé des affiches de leur ancien leader et les habits rouges qui identifient les membres du parti EFF, en appelant à la fin de la « dictature » de Julius Malema.

Le 03 Août 2015
Avec RFI

Des militaires burundais dans une rue de Bujumbura

Après l'assassinat du général Adolphe Nshimirimana dimanche matin, tué dans une attaque à la roquette à Bujumbura, on craint une escalade de la violence au Burundi. Considéré comme le véritable numéro deux du régime, avec sa mort, c’est le cœur de l’appareil sécuritaire qui a été touché.

Des tirs ont été entendus dans plusieurs quartiers contestataires de la capitale ce dimanche soir, notamment à Nyakabiga et Jabe. Après l'assassinat du général Adolphe Nshimirimana, de nombreux habitants sont sous le choc à Bujumbura. Ils redoutent une escalade de la violence après cette attaque intervenue au grand jour, en fin de matinée et dans le quartier de Kamenge, l'un des fiefs du parti présidentiel, le CNDD-FDD, et également QG du général Nshimirimana, figure très influente et redoutée dans le pays.

Le président Pierre Nkurunziza s'est adressé à la nation. Il a condamné « un acte ignoble » et a appelé tous ses concitoyens au calme. Le porte-parole de Pierre Nkurunziza précise également que le président burundais « a donné sept jours pour que les enquêtes en cours aboutissent et que les auteurs de ce crime puissent être identifiés et traduits devant la justice. »

«Le chef de l’Etat appelle tout le monde à la retenue pour qu’on ne fasse pas de cet assassinat un prétexte pour se lancer dans des actes de vengeance.» declare Gervais Abayeho, Porte-parole du président burundais.

Crainte de l'embrasement et appels au dialogue

Dans toutes les réactions, la crainte est la même : celle d'un nouvel embrasement. L'Union africaine se dit « horrifiée », condamne « un acte barbare » susceptible de « déstabiliser un peu plus le Burundi, déjà dans une situation fragile », et lance un appel au dialogue. « Nkosazana Dlamini-Zuma lance un appel aux Burundais pour qu’ils fassent preuve de la plus grande retenue, qu’ils ne cèdent pas à ce qui pourrait être perçu comme une provocation et s’abstiennent de toute mesure de représailles qui déstabiliserait encore davantage le pays, indique Jacob Enoh Eben, le porte-parole de la présidente de la Commission de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. La présidente de la Commission de l’Union africaine exhorte donc une fois de plus les Burundais à s'asseoir autour d'une même table. Elle invite le gouvernement burundais, le parti au pouvoir, l’opposition et la société civile à avoir une discussion franche, car ils sont les mieux placés pour trouver une solution durable à la situation difficile du pays.

L'Union africaine appelle également les autorités et les Burundais de manière générale à faire preuve de la plus grande retenue. Un message qu'ont également fait passer de nombreuses chancelleries au cours de la journée. De son côté, l'Union européenne parle d'une « dangereuse escalade de la violence » et souligne l'impérieuse nécessité de revenir au dialogue « pour sortir le pays de l’impasse » politique actuelle. L'UE demande la réactivation de la médiation ougandaise qui a été ajournée sine die le 19 juillet dernier, juste avant l'élection présidentielle.

Pour Abdoulaye Bathily, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'Afrique Centrale et ancien facilitateur de l'ONU au Burundi, cet assassinat est le signe clair d'une aggravation de la crise que connaît le pays depuis quelques mois. « Je voudrais exprimer ma tristesse face à ce nouvel épisode de la tragédie burundaise, a-t-il regretté. Cette crise, pour la résoudre, il faut aller au-delà des petites recettes de la cuisine politicienne, et que les acteurs burundais, à tous les niveaux, fassent preuve de responsabilité. (…) Cet événement ne doit pas être l’occasion d’aller encore vers un nouvel épisode dans la fuite en avant. Il n’y a pas d’autre solution. Les élections n’ont pas réglé la crise du Burundi, les élections l’ont même approfondie. Donc il faut que les Burundais se mettent autour de la table, se parlent et trouvent une solution à la crise. »

Reprendre le dialogue, c'est aussi ce que demande l'opposition, pointée du doigt par des sources sécuritaires après l'assassinat du général. « La mort d'un Burundais est toujours une perte pour le pays, mais il faut en tirer des leçons », estime Léonard Nyangoma, nommé samedi à la tête de la nouvelle pateforme d'opposition. « Cet assassinat est le résultat d'un climat délétère créé et entretenu par le régime. Ca devrait être un signal pour nous tous et surtout pour le président de s'engager sans condition au dialogue », souligne-t-il.

L'appareil sécuritaire touché en plein cœur

L’attaque s’est déroulée dimanche en fin de matinée. Selon des témoins, le général Adolphe Nshimirimana se trouvait dans sa voiture avec ses gardes du corps lorsqu'il été touché par deux tirs de roquettes avant d'être visé à l'arme automatique. Des témoins disent avoir vu sa voiture criblée de balles. Selon la police, sept personnes ont été arrêtées, mais aucune information n'a filtré sur leur identité. Willy Nyamitwe, le conseiller en communication de la présidence a rapidement confirmé le décès en ces termes : « J'ai perdu un frère, un compagnon de lutte ».

Adolphe Nshmirimana était une figure incontournable de l'appareil sécuritaire. Il était l'un de ces généraux sur lesquels le président Pierre Nkurunziza savait qu'il pouvait s'appuyer. Il était considéré comme le véritable numéro deux du régime. Comme Pierre Nkurunziza, il avait fait ses armes au sein de la rébellion hutu du CNDD-FDD, devenue aujourd'hui parti présidentiel. Le général Nshimirimana en était même devenu le chef d'état-major. Mais il était surtout connu pour avoir dirigé pendant dix ans le puissant Service national de renseignement. Et même s'il avait été écarté de ce poste en novembre 2014 pour devenir chargé de mission auprès de la présidence, il avait en réalité conservé toute son influence sur l'appareil sécuritaire du pays. Agissant désormais dans l'ombre, il incarnait la ligne dure du régime et était souvent présenté comme l'un des artisans de la répression des manifestations de ces derniers mois et aussi de l'échec de la tentative de coup d'Etat de mai dernier.

Le 03 Août 2015
Avec RFI

Le leader de l'opposition burundaise Agathon Rwasa lors d'une interview le 22 juillet 2015 à Bujumbura

L'élection d'Agathon Rwasa au poste de vice-président de l’Assemblée nationale avec les voix du parti au pouvoir a semé le trouble au sein de l'opposition burundaise. Même si depuis le début de la contestation, Agathon Rwasa, principal opposant du pays, leader historique de l'ancienne rébellion des FLN, s'était singularisé par certaines prises de position. Au point que certains le soupçonnaient de vouloir faire cavalier seul. Une méfiance d'une partie de la classe politique congolaise vis-à-vis d'Agathon Rwasa qui ne date pas d'hier.

A Bujumbura, Agathon Rwasa est volontiers qualifié d' « ambigu », « changeant », « insaisissable ». Ambigu, l'ancien chef rebelle l'a été d'abord vis-à-vis des manifestations : il n'a jamais personnellement appelé à descendre dans la rue, tout en disant comprendre les motivations de ceux qui protestaient.

Il l'a ensuite été en décidant d'être candidat à la présidentielle tout en expliquant que le climat sécuritaire ne permettait pas d'organiser un scrutin crédible et qu'il concourrait à condition que Pierre Nkurunziza retire sa candidature. Mais finalement, quelques semaines plus tard, à la veille de la présidentielle, Agathon Rwasa est le seul des candidats de l'opposition à refuser d'annoncer formellement son retrait de la course tout en appelant au boycott du scrutin.

Ambigu, Agathon Rwasa l'a encore été en refusant la semaine dernière de soutenir le Conseil national pour la restauration de l'accord d'Arusha, une plateforme d'opposition destinée à poursuivre la lutte contre le président Pierre Nkurunziza. Expliquant, pour justifier ce choix, ne pas avoir été associé aux discussions préalables, quand d'autres lui reprochent au contraire ses absences répétées à certaines réunions d'opposition.

Finalement, c'est peut-être dans son refus de valider les résultats des élections qu'Agathon Rwasa avait jusqu'à présent été le moins ambigu, les qualifiant systématiquement de « fantaisistes ». Il l'avait répété en fin de semaine dernière encore. Savait-il déjà, alors, qu'il deviendrait le vice-président d'une Assemblée nationale issue de l'un de ces mêmes scrutins. Beaucoup aujourd'hui s'interrogent.

Le 31 Juillet 2015
Avec RFI

Le président américain Barack Obama lors de son discours à l'Union africaine, le 28 juillet 2015

En Ethiopie, Barack Obama a tenu un discours, ce mardi, dans le hall Nelson Mandela, lieu symbolique du siège de l'Union africaine, à Addis-Abeba. C’est la première qu’un président américain prenait la parole devant l'organisation panafricaine. Et Barack Obama a joué la fibre sentimentale en donnant sa vision de l'avenir de l'Afrique.

C'est d'abord la présidente de la commission de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, qui a pris la parole pour souligner le côté historique de cet événement : « L’Afrique et les Etats-Unis ont des liens forts et historiques, faits du sang et de la sueur des fils et filles d’Afrique qui ont traversé l’Atlantique pour servir les plantations et les villes qui ont fait des Etats-Unis le formidable pays qu’il est aujourd’hui. Mais aujourd’hui nous sommes très fiers que les Africains fassent partie de la prestigieuse histoire de l’humanité et des Etats-Unis d’Amérique grâce à leur riche contribution à l’histoire, à la littérature à la musique, aux sciences, à la politique, au business, aux arts et aux sports ».

Au-delà de la posture et des mots symboliques, concernant ses liens avec l'Afrique, Barack Obama devait livrer une vision différente, plus « équitable » des relations politiques et économiques avec le continent africain.Pour Barack Obama, l'Afrique est un continent prometteur, avec une classe moyenne en expansion, qui consomme des nouvelles technologies.

« Nous ne voulons pas de mécènes, dit Barack Obama, mais des partenaires qui nous aident à construire la croissance ». Le président américain rappelle que l'aide au développement, c'est soutenir des initiatives et des solutions locales et pas seulement de la nourriture.

Un nouveau rôle pour l’UA

Dans ce discours, Barack Obama aborde l'économie, mais aussi le fléau que représente la corruption, qui regrette-t-il, « pompe des milliards de dollars des économies. De l'argent qui pourrait être utilisé pour créer des emplois, construire des hôpitaux et des écoles ».

Le président américain encourage par ailleurs l'Union africaine à réaffirmer son leadership. « Quand je suis venu pour la première fois sur le continent en tant que président, j'ai dit que l'Afrique n'avait pas besoin d'homme fort, mais d'institutions fortes, rappelle Obama. L'Union africaine peut être l'une d'elles ».

Ensuite, Barack Obama a aussi bien sûr parlé de sécurité. Il a fait part de ses inquiétudes. Il a souhaité une implication plus grande de la communauté internationale pour régler les problèmes du continent, puisque le développement de l’Afrique permettra au monde entier finalement de vivre dans un environnement plus sécurisé, en évitant que les jeunes soient tentés par le terrorisme, par exemple. Le président américain est revenu sur la situation au Soudan du Sud. Il a rappelé que si la ligne fixée au 17 août ne permettait pas de trouver un accord entre les belligérants dans cette crise civile, il faudrait faire preuve d’intransigeance.

Le locataire de la Maison Blanche s'est aussi adressé directement aux représentants du continent. Barack Obama a appelé les dirigeants africains à respecter leurs Constitutions, à ne pas s'accrocher au pouvoir. Des attitudes irrationnelles qui fragilisent les progrès démocratiques de leurs pays, selon le président américain : « Je dois être honnête avec vous. Je ne comprends pas cette attitude. Je suis dans mon second mandat. Cela a été un extraordinaire privilège pour moi de servir en tant que président des Etats-Unis, mais notre Constitution dit que je ne peux concourir pour un troisième mandat. Lorsqu'un dirigeant essaie de changer les règles du jeu en cours de route pour rester au pouvoir cela risque de créer de l’instabilité et des conflits, comme on l’a vu au Burundi. Et c’est souvent le premier pas vers la paralysie. Parfois, on entend un chef d'Etat qui dit : je suis le seul à pouvoir empêcher cette nation d'éclater. Si c’est vrai, cela signifie qu’il a échoué à construire une véritable nation ».

Le président américain a ajouté qu'il y avait plein de choses à faire quand on était plus au pouvoir et que l'on avait un peu d'argent en banque.

Un discours applaudi

Il faudra attendre un peu avant de connaître la réaction des dirigeants africains dont plusieurs ont pu se sentir visés par les propos de Barack Obama, mais une chose est sure, ces mots ont été vraiment extrêmement bien accueillis par tous les jeunes qui remplissaient la salle. En effet, beaucoup d’adolescents, des jeunes d’une vingtaine d’années avaient été invités pour l’occasion dans le hall Nelson Mandela de l’Union africaine. Et c’est vrai que quand le président a abordé ce sujet, il y a eu un tonnerre d’applaudissements. Barack Obama a pu voir qu’il pouvait compter sur la jeunesse et s’est d’ailleurs particulièrement adressé à eux. Il leur a dit plusieurs fois que c’était eux qui avaient le pouvoir de changer les choses sur le continent, que ce soit politique ou en termes économiques.

Ainsi Conclut Barack Obama : "C'est en tant qu'Américain, fier de l'être que je présente devant vous. Et aussi en tant que fils d'un Africain. L’Afrique et les peuples africains ont contribué à forger l'Amérique et également l'homme que je suis et ma vision du monde. "

Le 28 Juillet 2015
Avec RFI


L'attentat meurtrier de Suruç le 20 juillet 2015, attribué à l'EI

Ce mardi 28 juillet, les ambassadeurs des pays membres de l’Otan se réunissent à Bruxelles à la demande de la Turquie, qui promet de s’engager de manière résolue contre le groupe Etat islamique en Syrie. Le président français François Hollande a salué « l’action vigoureuse » d’Ankara dans un entretien téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Les autorités turques se disent décidées à combattre de la même manière les rebelles kurdes du PKK et de nouvelles violences ont eu lieu dans le sud-est, à majorité kurde.

Soupçonnée jusqu’à présent de ne pas s'engager suffisamment contre l'organisation Etat islamique, entre autres pour ne pas renforcer les kurdes de Syrie, la Turquie semble avoir franchi le pas. Une réunion des ambassadeurs des pays membres de l’Otan doit se tenir à Bruxelles à la demande d’Ankara.

Après avoir autorisé l'armée américaine à utiliser sa base aérienne d'Incirlik, pour frapper l'EI en Syrie et en Irak, l'armée turque a mené elle même, depuis vendredi dernier, des frappes contre des objectifs de l'organisation terroriste en Syrie. Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a néanmoins précisé que son pays n'enverrait pas de troupes au sol en Syrie.

Les alliés occidentaux de la Turquie ne peuvent que se réjouir de sa décision d’intervenir davantage contre l'EI, même si la position ambiguë d’Ankara au sujet des kurdes soulève nombre de questions.

Ainsi, le président français François Hollande a salué, dans un entretien téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan « le renforcement de l’engagement de la Turquie » et les deux chefs d’Etat ont évoqué la lutte « contre toutes les formes de terrorisme ». C’est ce que les autorités d’Ankara voulaient obtenir. Le prix de leur engagement plus clair et plus résolu au sein de la coalition est de pouvoir mettre sur le même plan le combat contre l’EI et celui contre les rebelles kurdes du PKK, au nom de la lutte contre le terrorisme.

Pendant ce temps la situation sur le terrain reste extrêmement complexe. Une milice kurde syrienne qui combat l’organisation Etat islamique a accusé l’armée turque d’avoir tiré sur ses positions. Un haut responsable du gouvernement d'Ankara a affirmé que l'armée turque n'a fait que riposter après avoir été sous le feu de tirs en provenance du territoire syrien, et a précisé que les milices kurdes syriennes n'étaient pas une cible.

Mais l'aile politique de ces milices, a aussi des liens avec les rebelles kurdes du PKK, contre lesquels le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a promis de poursuivre l’offensive militaire jusqu’à ce qu’ils déposent les armes.

Regain de tension et instabilité politique

Le PKK de son côté a déclaré la semaine dernière que le processus de paix n'avait plus aucun sens et les incidents continuent dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, où un officier de gendarmerie a été assassiné.

D'autres éléments montrent un regain de tension, plus de mille personnes ont été arrêtées ces derniers jours en Turquie, des arrestations qui ont visé officiellement les sympathisants de l'organisation Etat islamique mais qui, selon beaucoup d'observateurs, ont été dirigées surtout contre les sympathisants des rebelles kurdes du PKK, contre les kurdes plus généralement et aussi contre l'extrême gauche.

La situation politique en Turquie est instable. N'ayant pas de majorité parlementaire après les élections du 7 juin, le parti islamo-conservateur AKP du président Recep Tayyip Erdogan n'a pas pu former un gouvernement. De nouvelles élections ne sont pas à exclure à brève échéance, surtout si l’AKP échoue à former une coalition avec les nationalistes, qu’il espère sans doute attirer par sa politique d’extrême fermeté envers les kurdes.

Si de nouvelles élections étaient convoquées, le pari de l’AKP et du président Erdogan est que la formation kurde qui a réuni plus de 10% des voix, fédérant des électeurs mécontents de la dérive autoritaire du pouvoir, ne pourrait pas réitérer son exploit dans un climat de tension et d’insécurité.

Le 28 Juillet 2015
Avec RFI

Jean Itadi, ancien ministre, président du CAP (Congrès Africain pour le Progrès) au Congo Brazzaville. Décembre 2014

Un « dialogue alternatif » s’est ouvert dimanche à Brazzaville, en réponse à celui organisé par le pouvoir entre le 13 et le 17 juillet à Sibiti. L’objectif déclaré des participants est de contrer ce qu’ils décrivent comme un « coup d’Etat constitutionnel ».

Plusieurs partis d’opposition, des associations, des plateformes politiques et des personnalités de l'opposition et même de la majorité se réunissent depuis ce dimanche 26 juillet pour un dialogue alternatif à Brazzaville. Faute d’autorisation pour se réunir dans un lieu public, les participants à ce dialogue alternatif se sont retrouvés au siège de l'Union panafricaine pour la démocratie sociale, l'UPADS, premier parti d'opposition au Congo.

Ils critiquent, dénoncent et s'opposent catégoriquement aux conclusions du dialogue organisé par le pouvoir, du 13 au 17 juillet dernier à Sibiti. Un dialogue qui s’était clos par un appel au changement de la Constitution en vue d'ouvrir la voie à un troisième mandat pour l’actuel président, Denis Sassou Nguesso. Et dès l’ouverture des travaux, les participants au dialogue alternatif ont tous été formels : leur objectif est de barrer la route à ce qu’ils nomment un « coup d’Etat constitutionnel ».

« Vous savez très bien qu’a été lancée à Sibiti cette idée d'un changement de la Constitution. Le pouvoir s’est parlé à lui-même à Sibiti et notre devoir est de dire à l’opinion qu’il faut se donner les moyens de respecter l’ordre constitutionnel existant », martèle ainsi Jean Itadi, dirigeant du Congrès africain pour le progrès (CAP).

Interpeler l'opinion

Ce dialogue alternatif regroupe toutes les sensibilités opposées au changement de la loi fondamentale. Parmi les membres du présidium, on compte ainsi Blanchard Oba, dont le parti est membre de la majorité et André Okombi Salissa, ancien ministre et actuellement député du Parti congolais du travail, que le porte-parole du PCT, au pouvoir, qualifiait récemment de « camarade qui s'égare » au micro de RFI.

« Nous sommes en train d’analyser, donner notre point de vue, pour que la population et l’opinion, tant nationale qu’internationale, comprennent pourquoi nous nous opposons farouchement au changement de la Constitution ! », expose Claudine Munarie, dont le parti compte des membres au sein du gouvernement, mais qui est également représentée dans ce dialogue alternatif.

Les conclusions des discussions, qui se sont ouvertes ce dimanche, doivent être délivrées mercredi. Elles doivent ensuite être soumises au chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso.

Le 27 Juillet 2015
Avec RFI

A son arrivée en Ethiopie, le 26 juillet 2015, le président américain Barack Obama (à droite) a été accueilli par le Premier ministre Hailemariam Desalegn et sa femme (à gauche)

Le président américain Barack Obama est arrivé ce dimanche soir en Ethiopie pour un séjour de 48 heures. En s'arrêtant à Addis-Abeba, une première pour un président américain, Barack Obama récompense un allié crucial dans la lutte contre le terrorisme dans la Corne de l'Afrique. Quitte à reléguer au second plan les violations des droits de l'homme dans le pays.

Barack Obama est à Addis Abeba pour deux jours. Ce lundi matin, il va s’entretenir avec le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, ainsi qu’avec le président Mulatu Teshome, au rôle cependant assez symbolique. Avec sa croissance économique impressionnante et sa population de plus de 90 millions d’habitant, l’Ethiopie est évidemment un marché attrayant. Mais c’est surtout de sécurité qu’il sera question.

Car le gros rendez-vous de la journée est plutôt, dans l’après-midi, une réunion sur la situation au Soudan du Sud et la lutte contre le terrorisme. Les islamistes shebabs viennent encore de prouver qu’ils pouvaient frapper et les réunions stériles se multiplient pour trouver une issue à la guerre civile ravageant le Soudan du Sud.

Ces deux situations sont les plus éloquentes, mais de manière générale, le nord-est de l’Afrique est une région toujours aussi violente, où les Etats-Unis ont finalement peu d’alliés fiables.Très impliquée militairement en Somalie au sein de la force de l’Union africaine, mais aussi en première ligne de la médiation sur le Soudan du Sud, l’Ethiopie est ainsi un partenaire privilégié et indispensable pour Washington.

Les droits de l'homme au second plan ?

Au-delà des réunions de travail prévues, la visite de Barack Obama peut ainsi être interprétée comme un geste de soutien au régime d’Addis Abeba. Un régime qui vient d’être conforté au pouvoir pour cinq années supplémentaires grâce à un raz-de-marée électoral : 100% des sièges de l’Assemblée nationale gagnés par la coalition au pouvoir. Un régime aussi, dont les méthodes sont souvent dénoncées par les organisations de défense des droits de l’homme.

Dans ces conditions, le président américain prendra-t-il le risque de froisser les autorités locales en réclamant un peu plus de démocratie et de respect de la liberté d’expression ? Il pourrait choisir de réserver ces remarques à une auditoire moins ciblé, lors de son discours devant l’Union africaine, mardi.

Ben Rhodes, adjoint de la conseillère du président à la Sécurité nationale, a surtout laissé entendre que lors de son allocution à l'UA, Barack Obama devraient principalement parler de coopération et de politique au sens large.

« Ce qui est important c'est que cela lui donnera une plateforme pour s'adresser à l'ensemble du continent. C'est la plus importante organisation au niveau de la coopération africaine. L'an passé nous avons organisé le tout premier sommet avec l'Afrique aux Etats-Unis, avec les présidents et les chefs de gouvernement de l'Union africaine, à part ceux avec qui nous avons des divergences importantes. Ils étaient invités par le président pour un sommet à Washington, et après ce sommet de Washington, notre déplacement au siège de l'UA indique que nous sommes en train d'élever notre coopération avec l'Union africaine et avec le continent. Et donc, lors de son discours, il évoquera de façon large ses politiques africaines, ce qu'il essaie d'accomplir, l'emprunte qu'il souhaite laisser en Afrique, et ce que les Etats-Unis et l'Union africaine doivent accomplir ensemble. »

Le 27 Juillet 2015
Avec RFI

Pierre Nkurunziza lors de son premier meeting pour la présidentielle, le 26 juin à Bujumbura, la capitale

Réélu avec 69 % des voix, Pierre Nkurunziza fait grincer des dents. Cette large victoire est contestée par l'opposition, qui juge anti-constitutionnel un troisième mandat du président sortant. Les mouvements de contestation provoqués par l'annonce de sa candidature s'étaient soldés par plus de 80 morts, et une partie de l'armée avait tenté de le déloger à la mi-mai au moyen d'un coup d'Etat, en vain.

L'issue du scrutin ne faisait aucun doute. Le président sortant du Burundi Pierre Nkurunziza a été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle aujourd'hui par la commission électorale nationale indépendante (Céni). En recueillant 69,41 % des voix, Pierre Nkurunziza est réélu pour un troisième mandat consécutif très controvorsé, et jugé contraire à la Constitution par ses adversaires. L'opposition n'avait pas pu faire campagne et plusieurs candidats s'étaient désistés. Le scrutin, qui s'est tenu lundi, a d'ailleurs été boycotté par l'opposition et de nombreuses violences ont eu lieu la veille et le jour de l'élection.

La participation s'est élevée à 73,44%, selon la Céni, alors qu'observateurs et journalistes avaient constaté une affluence relativement moyenne dans les bureaux de vote. Le chef de l'Etat l'emporte dans 16 des 18 provinces du pays, notamment à Bujumbura, qui lui est traditionnellement hostile mais où votaient de nombreux militaires et policiers déployés dans la capitale le jour du vote. Principal opposant, Agathon Rwasa, qui représentait la coalition d'opposition, arrive en deuxième position avec 18,99% des suffrages. Les six autres candidats ont recueilli de très faibles scores. En avril, l'annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat a plongé le pays dans la plus grave crise politique qu'il ait connu depuis dix ans.

Un mandat jugé anti-constitutionnel

Depuis l'annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza, manifestations et violences ont fait plus de 80 morts. En mai, un coup d'Etat raté a tenté de déloger Pierre Nkurunziza de son fauteuil présidentiel. Les Etats d'Afrique de l'Est, sous l'égide du président ougandais Yoweri Museveni, ont amorçé des négociations en juillet et tenté de repousser les élections maintes fois pour enrayer cette crise politique et mettre fin aux violences quotidiennes, en vain. Pierre Nkurunziza a montré sa volonté de s'accrocher au pouvoir. Les autorités burundaises ont maté toute contestation de la société civile avec violence, au point de faire taire les voix dissonantes depuis juin, jusqu'à la veille du scrutin. Près de 160 000 Burundais ont fui dans les pays voisins. La communauté internationale estimait que le climat d'intimidation et de violences politiques, ainsi que l'absence de médias privés au Burundi, ne permettait pas des élections crédibles.

Déjà élu en 2005 et réélu en 2010, Pierre Nkurunziza débute ici son troisième mandat. L'oppositon politique et la société civile jugent ce dernier anti-constitutionnel. En effet, l'article 96 de la Constitution burundaise limite l'exercice du pouvoir exécutif à dix ans: «Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois.» Pierre Nkurunziza ne fait pas figure d'exception dans le paysage politique africain. Déjà, plusieurs dirigeants ont manifesté leur volonté de conserver le pouvoir malgré les dispositions légales censées les en empêcher.

Le 27 Juillet 2015
Avec Le Figaro

Les forces spéciales de sécurité tunisiennes

Le parlement tunisien a voté samedi à la quasi-unanimité une loi prévoyant la peine de mort pour les personnes jugées coupables de terrorisme après les attentats islamistes de Sousses en juin dernier.

Le Parlement tunisien a voté samedi à la quasi-unanimité une loi prévoyant la peine de mort pour les personnes jugées coupables de terrorisme après les attentats islamistes qui ont fait plusieurs dizaines de morts ces derniers mois. Après trois jours de débats et des heures de pourparlers vendredi à huis clos pour trouver un consensus sur le texte, les députés ont approuvé cette loi sur «la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d'argent» par 174 députés pour, 10 abstentions et aucun vote contre. «Avec fierté, nous avons vécu ce moment historique (...) cette loi va rassurer le citoyen», a déclaré le président de l'Assemblée, Mohamed Ennaceur, devant les élus qui venaient de chanter l'hymne national dans l'hémicycle.

Ce vote est intervenu dans un contexte de menace grandissante après les attaques en juin à Sousse (38 touristes tués) et en mars au musée du Bardo à Tunis (22 morts, dont 21 touristes), revendiquées par le groupe État islamique. Ce texte remplace une loi antiterroriste de 2003, adoptée sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali et largement utilisée, selon les défenseurs des droits de l'Homme, pour réprimer l'opposition, en particulier le parti islamiste Ennahda alors interdit et aujourd'hui l'une des principales forces politiques tunisiennes.

Un texte controversé par les ONG

Les ONG, qui espéraient que la nouvelle législation serait plus respectueuse de l'état de droit, ont exprimé leur déception et de vives critiques. Ainsi, la peine de mort, absente du texte de 2003, a été introduite pour une série de crimes «terroristes». La peine capitale existait déjà dans le code pénal mais la Tunisie observe un moratoire sur les exécutions depuis 1991.

Les ONG ont aussi dénoncé le délai de garde-à-vue fixé à 15 jours pendant lesquels le suspect ne peut consulter un avocat, ou encore le recours facilité aux écoutes téléphoniques. «Cette loi représente un danger réel pour les droits et les libertés en Tunisie, de nombreuses entorses aux normes internationales des droits de l'Homme ont été incorporées dans ce texte et (elles) représentent un recul par rapport à la loi de 2003», a regretté Amna Guellali, représentante de Human Rights Watch à Tunis.

«Ce projet de loi est un mauvais signal qu'on donne au monde libre qui nous regarde. On ne combat pas le terrorisme avec des réformes rétrogrades!», a martelé de son côté l'avocat pénaliste Ghazi Mrabet.Enfin l'opposition de gauche a jugé que le texte, et sa définition trop vague du «terrorisme», pourrait permettre d'y inclure des mouvements contestations sans lien avec des mouvements dits terroristes. Le chef de l'Etat, Béji Caïd Essebsi, a appelé dans la matinée la Tunisie à s'unir face à la menace jihadiste. S'exprimant à l'antenne de la radio Mosaïque FM à la veille de la fête de la République, il a souligné une nouvelle fois que le pays «est en guerre contre le terrorisme».

16 terroristes présumés interpellés cette semaine

«L'armée, la Garde nationale, les forces de sécurité accomplissent leur devoir et le peuple tunisien doit être solidaire», a-t-il dit, «le pays doit sortir de cette crise, tout le monde doit s'unir». Signe de la tension régnant en Tunisie, le ministère de l'Intérieur a annoncé dans la matinée avoir déjoué des projet d'attentats dans le nord du pays, dans la région de Bizerte, arrêtant 16 suspects, en tuant un autre et saisissant des armes automatiques ainsi que des explosifs.

La Tunisie fait figure de modèle de transition démocratique réussie dans le monde arabe depuis sa révolution en janvier 2011, mais elle est confrontée à une menace jihadiste grandissante et à des tensions socio-économiques toujours plus aiguës, si bien que les autorités craignent de voir le pays basculer dans l'instabilité. Le secteur stratégique du tourisme a subi de lourdes pertes depuis les attaques de Sousse et du Bardo, et le gouvernement a multiplié les annonces, avec notamment la mise en place de l'état d'urgence, pour tenter de rassurer les voyageurs et ses partenaires étrangers.

Le 27 Juillet 2015
Avec le Figaro

  Hissène Habré entouré par des militaires après une audition auprès d'un juge, le 2 juillet 2013 à Dakar.

Le rideau s’ouvre ce lundi matin à Dakar sur un procès très important pour l’Afrique, celui de Hissène Habré. L’ancien président du Tchad, exilé au Sénégal depuis sa chute en 1990, est poursuivi pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture. Ce sera la première fois dans l’histoire qu’un ancien président sera jugé dans un pays qui n’est pas le sien pour des crimes liés aux droits de l’homme, au nom de la compétence universelle.

Tout est parti d’une idée un peu folle à une époque où nul ne pouvait imaginer qu’un jour Hissène Habré devrait répondre de ses actes. Pour en arriver là, il a fallu plus de 15 ans de bataille judiciaire acharnée, menée par les victimes et les organisations qui les accompagnent, au nom de la lutte contre l’impunité, de décisions en ajournement, d’arrêts en appel, d’appels en renvoi, jusqu’à ce que finalement le Sénégal, en accord avec l’Union africaine, ne se décide à mettre en place les chambres africaines extraordinaires inaugurées en février 2013.

« Aujourd’hui, c’est la victoire de la ténacité, de la persévérance et de l’imagination. Un hommage aux survivants de ce régime brutal », affirme le défenseur des droits de l’homme, Reed Brody : « Ce qui était impensable il y a quelques années encore, devient réalité et cela ouvre un chemin pour d’autres victimes en Afrique et dans le monde. »

L’instruction a duré 19 mois. Les juges ont effectué quatre commissions rogatoires au Tchad, auditionné environ 2 500 témoins et victimes et surtout exploité les archives de la DDS, la police politique de Hissène Habré.

L'ex-président refuse d'assister aux audiences

De son côté, l’ancien président tchadien ne reconnait pas le tribunal qui va le juger. Hissène Habré a toujours gardé le silence pendant les auditions et il a fait savoir par le biais de ses avocats qu’il refusait d’assister aux audiences. « Ce procès n’est qu’une mascarade et à moins qu’il ne décide de changer de stratégie, Hissène Habré ne veut pas assister aux audiences », ont rapporté les avocats de l’ancien président tchadien. Dans tous les cas, il gardera le silence. « Hissène Habré refuse de s’abaisser à se justifier », confie l’un de ses défenseurs, qui dénonce « un procès joué d’avance après une instruction à charge », « une parodie de justice ».

A-t-il peur de regarder dans les yeux ses victimes ? Pas du tout répond l’avocat : « ce qui me surprend chez lui, c’est son calme. Peut-être est-ce les années de rébellion ? Peut-être s’est-il forgé une carapace ? Peut-être s’est-il préparé à ce procès depuis longtemps ? Mais on a l’impression que ce qui se passe n’a pas de prise sur lui. »

Le procès devrait durer trois mois

En vertu de la procédure sénégalaise, le président de la cour a la possibilité de faire comparaitre de force l’ancien chef d’Etat, menotté s’il le faut. Le fera-t-il ? C’est la grande inconnue de cette journée d’ouverture.

Pour les victimes, voir Hissène Habré dans le box des accusés est quelque chose de très important. Elles voudraient entendre sa version des faits, le timbre de sa voix. Elles voudraient pouvoir croiser son regard, décrypter les expressions sur son visage et surtout témoigner en sa présence.

Mais pour l’avocate tchadienne Jacqueline Moudeina, quelle que soit la stratégie de Hissène Habré, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel, c'est-à-dire que ce procès s’ouvre enfin.

Le procès devrait durer trois mois. Une centaine de témoins et victimes sont attendus à la barre.

Le 20 Juillet 2015
Avec RFI

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