Egypte

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Des travaux sur le nouveau canal de Suez, le 29 juillet 2015

En Egypte a lieu ce jeudi l'inauguration d'un projet gigantesque bouclé en un an : la seconde voie du canal de Suez qui doit permettre le doublement, d’ici à 2023, du trafic maritime entre la mer Rouge et la mer Méditerranée. Ce chantier, porté par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, doit symboliser le renouveau économique et diplomatique de l'Egypte, avec un accent particulier sur la relation avec la France. Le président français François Hollande est d’ailleurs l'invité d'honneur de l'inauguration à Ismaïlia.

Il y a bien sûr la dimension symbolique de l'événement : En 1869, le premier canal de Suez avait été construit par les ingégnieurs français et inauguré par l'impératrice Eugénie, l'épouse de Napoléon III. Cent quarante-six ans plus tard, François Hollande est l'invité d'honneur de la cérémonie d'ouverture de la seconde voie du canal, un chantier colossal engagé par le président al-Sissi et percé en un an par l'armée égyptienne.

La participation du chef d'État français ne fait pas que rappeler les liens historiques qui unissent Le Caire et Paris. Elle souligne la lune de miel à laquelle se sont abandonnés les deux pays à la faveur du chaos qui sévit au Moyen-Orient. Pour symboliser cette amitié, trois des 24 avions de chasse Rafale acquis en février par l'Égypte survoleront jeudi le nouveau canal de Suez.

Elle s'explique également par l'attitude conciliante adoptée par les autorités françaises à l'égard du nouveau pouvoir égyptien, depuis l'été 2013 et la destitution de Mohamed Morsi.

François Hollande accueille Syssi à l'Elysée en Novembre 2014 lors de la visite de ce dernier

A l'inverse d'autres pays occidentaux, comme les Etats-Unis et l'Allemagne, la France a soigneusement évité de critiquer le bilan d'Abdel Fattah al-Sissi en matière de respect des droits de l'homme. Avec la vente d'une frégate et de 24 avions de combats en février dernier, cette stratégie a très vite permis à François Hollande de trouver de fructueux débouchés pour les industriels de son pays.

Quant au président égyptien, l'attitude adoptée par Paris a été un atout précieux dans sa quête de légitimité sur la scène internationale. Et le résultat est là. « Quel que soit le jugement porté sur le président égyptien, explique aujourd'hui un diplomate français, son pays a retrouvé une place incontournable dans la région. »




Un symbole du roman national égyptien

Construite il y a 146 ans sous l'impulsion du diplomate français, Ferdinand de Lesseps, cette voie maritime devenue très vite l'une des plus fréquentées au monde. Mais son accaparement pendant près d'un siècle par des compagnies occidentales en a aussi fait un objet particulier du roman national égyptien.

Lorsqu'il est inauguré en 1869 après dix ans de travaux, le canal de Suez donne lieu à des célébrations fastueuses et ce sont des navires européens, britanniques et français en tête, qui le traversent en premier. L'Egypte du vice-roi Ismaïl Pacha n'a alors même pas de flotte. Et lorsque le Caire, endetté par la spéculation autour du canal, est obligé de vendre ses parts aux Anglais, c'est le début d'une séquence d'un siècle où Suez fera la fortune des compagnies françaises et surtout britanniques, notamment la Anglo-Persian Oil Company.

Après la Deuxième guerre mondiale, réparer l'outrage en limitant l'influence étrangère devient une priorité pour les nationalistes égyptiens. En 1956, le président Gamal Abdel Nasser donne le signal de la reconquête du Canal et des revenus qu'il assure à travers les droits de passage. La réaction militaire franco-britannique échoue. Les sociétés britanniques et françaises sont ruinées. Pour autant, l'Egypte ne profite pas longtemps du canal: deux guerres avec le voisin israélien rendront son exploitation impossible. Ce n'est qu'après la paix en 1978 que la reprise du trafic sur le canal assurera un revenu conséquent au pays (4, 7 milliards d'euros attendus en 2015).

Des pages d'histoire que le président al-Sissi n'a pas manqué d'invoquer pour faire vibrer la corde nationaliste et avec un succès certain puisque près de 8 milliards d'euros ont été récoltés par la seule souscription nationale pour le nouveau canal.

Le 06 Août 2015
Avec RFI et Le Figaro

Un cargo traverse le nouveau canal de Suez pour le tester, le 25 juillet 2015

L’Egypte est en plein préparatif pour la cérémonie d’inauguration du second canal de Suez, qui aura lieu le 6 août. Le pays a doublé, approfondi et élargi la célèbre voie d'eau reliant les mers Rouge et Méditerranée, le tout sur 72 des 162 kilomètres du canal. Un événement qui passionne l’opinion publique égyptienne.

Le canal de Suez occupe une large place symbolique dans l’imaginaire collectif des Egyptiens. Dès l'école primaire, les petits Egyptiens ont appris que, soumis à la corvée, 100 000 fellahs (paysans) de la vallée du Nil ont péri dans le percement du premier canal. Sa nationalisation par Nasser en 1956, et l’agression militaire britannique, française et israélienne qui s'en est suivie, sont l’acte fondateur du nationalisme arabe. La traversée du canal et la prise de la ligne israélienne Bar-Lev, en 1973, est considérée comme « la grande victoire militaire » qui a permis de libérer le désert du Sinaï. En somme, pour un Egyptien, le canal de Suez est une voie d’eau payée par le sang.

Il y a aussi, dans les travaux récents, une dimension « pharaonique ». Les descendants des pharaons ont toujours été passionnés par ces grands travaux. Sous Nasser, ils ont construit leur « pyramide » avec le haut barrage d’Assouan. Sous Sissi, voici donc aujourd’hui le second canal de Suez. Ce sont d’ailleurs eux, les Egyptiens, qui ont financé les travaux. Ils se sont battus pour acheter les bons du Canal. L’équivalent de 9 milliards de dollars a été réuni en huit jours. Et pour rappeler au peuple la grandeur symbolique de l’œuvre accomplie, les médias publics et privés le répètent à l'envi, pour un public conquis d’avance.

A noter tout de même que les experts ne sont pas tous convaincus de la rentabilité de ce second canal de Suez. Ils sont même en profond désaccord, comme c’est souvent le cas des experts. Les plus optimistes évoquent un triplement à court terme des revenus du canal, qui passeraient de 5 à 15 milliards de dollars par an. Les plus pessimistes estiment que ces travaux, c’est de l’argent jeté à la mer. Car il n’y avait pas de demande de la part du commerce mondial, qui stagne. Entre les deux, il y a ceux qui pensent que le nouveau canal attirera une partie des navires qui passaient jusqu'ici par Le Cap. Une espérance qui doit désormais encore trouver une concrétisation dans les faits.

Le 28 Juillet 2015
Avec RFI






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