Rwanda

Rwanda (11)

Le président rwandais Paul Kagame menace, une nouvelle fois, de rompre les relations diplomatiques avec la France.

Devant le Parlement, ce lundi 10 octobre, lors d'un discours à l'occasion de l'ouverture de l'année judiciaire, le président rwandais a implicitement menacé Paris d'une nouvelle rupture des relations diplomatiques. Ses propos font suite à la réouverture, la semaine dernière, par les juges français, de l'enquête sur l'assassinat, le 6 avril 1994, de l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana. Cet attentat est considéré comme l'élément déclencheur du génocide de 1994. Sept proches de Paul Kagame sont mis en cause. Les enquêteurs français souhaitent entendre Kayumba Nyamwasa un ancien militaire rwandais entré en dissidence et qui accuse le chef de l'Etat rwandais d'être l'instigateur de l'attentat.

Depuis 2012, la thèse d'un attentat perpétré par des extrémistes hutus semblait privilégiée par les juges français. L'enquête avait été close et on s'attendait à un non-lieu pour les proches de Kagame, mais le projet d'entendre l'ex-général Nyamwasa relance l'affaire.

Le président rwandais a d'abord dit qu'il n'avait pas de problème avec ça. Puis, il a haussé le ton, sous-entendant à nouveau une complicité de Paris dans le génocide.

« Tout recommencer signifie que je dois rappeler, à certaines personnes, que le système judiciaire rwandais n'est pas subordonné aux intérêts français. C'est la France qui devrait être sur le banc des accusés et jugée... et personne au Rwanda », a déclaré le président rwandais.

Paul Kagame n'en est pas resté là. Il s'est adressé aux diplomates et leur a rappelé, de manière voilée, la rupture diplomatique entre Paris et Kigali.

« Souvenez-vous. Autrefois, lorsqu'au lieu d'aller chercher un visa à l'ambassade de France vous alliez dans une autre ambassade. Tout recommencer peut à nouveau signifier cela. Si, tout recommencer doit s'assimiler à une épreuve de force, nous aurons une épreuve de force », a-t-il affirmé.

La France et le Rwanda avaient rompu leurs relations diplomatiques entre 2006 et 2009. L'ambassade de France à Kigali avait fermé, suite à l'émission d'un mandat d'arrêt contre les proches du président Kagame. Les mêmes proches dont les avocats attendaient un non-lieu dans cette affaire.

"Nous avons donné accès à tout ce qu'ils [les enquêteurs français]ont demandé, et après avoir trouvé que ce qu'ils cherchaient ne reposait sur rien, je lis dans les médias que nous devrions tout recommencer. Donc, nous allons tout recommencer, je n'ai pas de problème avec ça. Mais tout recommencer signifie que je dois rappeler à certaines personnes que le Rwanda, que le système judiciaire du Rwanda n'est pas subordonné à la France ou aux intérêts de la France. C'est la France qui devrait être sur le banc des accusés et jugée, et personne au Rwanda. Souvenez-vous, autrefois lorsqu'au lieu d'aller chercher un visa à l'ambassade de France, vous alliez dans une autre ambassade... Tout recommencer peut à nouveau signifier cela. Donc, je demande à ceux qui nous ont rendu ce bon service de se préparer à nous rendre ce bon service une nouvelle fois. Si tout recommencer doit s'assimiler à une épreuve de force, nous aurons une épreuve de force".

Le 11 Octobre 2016
Avec RFI

le président Paul Kagame

Le président rwandais a choisi les fêtes de fin d'année et le traditionnel discours des vœux pour annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Paul Kagame sera bien candidat, pour un3e mandat, comme le lui permet désormais la Constitution, dont la révision vient d'être validée, par référendum. Vous me l'avez demandé, je ne peux qu'accepter, a déclaré le chef de l'Etat dans un discours à la nation, retransmis à la télévision, hier soir.

Le 01 Janvier 2016

Avec RFI

Paul Kagame, Président de la RDC

Les Rwandais sont appelés aux urnes, vendredi, pour un référendum devant ratifier une révision constitutionnelle, autorisant le président Paul Kagame à potentiellement diriger le pays jusqu'en 2034.

"Êtes-vous d'accord avec la Constitution de la République du Rwanda telle que révisée pendant l'année 2015 ?". Les électeurs rwandais ont commencé à se rendre aux urnes, vendredi 18 décembre, pour un référendum controversé devant ratifier une révision constitutionnelle, dont la principale disposition annule la limitation des mandats présidentiels. Cette réforme taillée sur mesure pour l'actuel chef de l'État permettrait théoriquement au président Paul Kagame, 58 ans, de se maintenir au pouvoir au Rwanda jusqu'en 2034.

Avant même l'ouverture du vote à 7 h (5 h GMT), de longues files d'attente s'étaient formées devant les bureaux. Quelque 6,4 millions de Rwandais sont appelés à voter d'ici la fermeture des bureaux à 15 h.

"Oui" à Kagamé

Sans surprise, le "oui" devrait l'emportera largement, la révision ayant été présentée comme une initiative populaire spontanée par les autorités qui assurent que 3,7 millions de Rwandais ont demandé par pétitions un maintien au pouvoir de Paul Kagame. Ce dernier aurait dû quitter le pouvoir après l'expiration en 2017 de son mandat, le dernier que lui permet l'actuelle Constitution.

Concrètement, le nouvel article 101 continue de limiter à deux le nombre de mandats présidentiels, tout en abaissant sa durée de sept à cinq ans. Mais parallèlement, un nouvel article 172 instaure au préalable un nouveau septennat transitoire, entre 2017 et 2024, précisant que le président sortant y sera éligible, de même qu'aux deux quinquennats suivants.

Si l'essence de ces deux nouveaux articles-clés a été publiée par la presse pro-gouvernementale, le texte de la Constitution révisée n'a pas été rendu public et ni les électeurs ni les médias n'en ont pris connaissance. Cette révision est soutenue par la quasi-totalité des partis politiques autorisés au Rwanda, à l'exception du seul petit Parti démocratique vert, qui a toutefois renoncé à faire campagne pour le "Non", estimant trop court le délai de 10 jours entre l'annonce du référendum et le vote. Le Sénat rwandais l’a adopté à l'unanimité le 17 novembre, après la Chambre des députés fin octobre.

Très critiqué pour cette initiative, le président rwandais a balayé les accusations de "manœuvres" et les appels de plus en plus fermes de ses partenaires occidentaux - États-Unis en tête - à quitter le pouvoir à la fin de son mandat, répétant que sa décision de se représenter ou non en 2017 dépendait du résultat du référendum.

Un pouvoir autoritaire

Élu en 2003 et réélu en 2010, avec plus de 90 % des voix à chaque fois, Paul Kagame est au pouvoir depuis que sa rébellion du Front patriotique rwandais a mis fin au génocide de 1994 qui, selon l'ONU, a fait plus de 800 000 morts, essentiellement parmi les membres de la minorité tutsie.

Vice-président et ministre de la Défense après le génocide, il tenait déjà les rênes du pays avant d'être élu président en 2003 avec 95 % des voix, puis réélu tout aussi triomphalement (93 %) en 2010. Il est crédité de nombreuses avancées du Rwanda depuis le génocide, mais dirige son pays d'une main de fer, accusé d'étouffer toute voix discordante.

En effet, le pouvoir rwandais est régulièrement critiqué par les organisations de défense des droits de l’Homme pour des manquements à la liberté d’expression et le musèlement de sa presse. Le visage masqué, un électeur a osé répondre à l’envoyé spécial de France 24 : "Je vais voter contre", a-t-il affirmé. "Je ne peux pas me prononcer contre cette réforme alors qu’on pourrait reconnaître mon visage. Ça pourrait causer des problèmes pour ma sécurité."

Dans un éditorial publié jeudi, le quotidien pro-gouvernemental "New Times" assure que le référendum "devrait se conclure en faveur du changement de Constitution" en affirmant que les électeurs rwandais "vont tracer la route pour leur pays : vont-ils garder une équipe et une formule gagnantes ou vont-ils s'aventurer dans des eaux inexplorées ?".

Le 18 Décembre 2015
Avec AFP

Ladislas Ntaganzwa (deuxième photo) est l'un des neuf accusés encore recherché par le TPIR

L'un des neuf accusés recherchés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda a été arrêté en RD Congo. Maire d'une ville rwandaise lors du génocide, Ladislas Ntaganzwa est accusé d'avoir incité et participé aux massacres.

La structure onusienne qui a succédé au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de juger les responsables du génocide de 1994, a annoncé jeudi 10 décembre avoir arrêté l'un des neuf accusés qu'il recherchait encore.

Maire de Nyakizu (sud du Rwanda) au moment du génocide, Ladislas Ntaganzwa, 53 ans, est accusé d'avoir incité et participé aux massacres de milliers de civils tutsi, et aux viols de femmes tutsi, sur le territoire de sa commune. Son dossier a été transféré en mai 2012 à la justice rwandaise par le TPIR.

"Les autorités de République démocratique du Congo ont arrêté [mercredi] l'un des neuf fugitifs recherchés par le TPIR", a annoncé le Mécanisme pour les tribunaux internationaux des Nations unies (MTPI), structure chargée d'achever les travaux du TPIR et de son homologue pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à l'achèvement de leurs mandats, et qui siège à Arusha (Tanzanie). L'ONU n'a pas précisé les circonstances de l'arrestation de M. Ntaganzwa.

Le procureur du Mécanisme, Hassan B. Jallow a "remercié les autorités de RDC pour leur coopération et les a pressées de transférer l'accusé au Rwanda pour qu'il y soit jugé sans délai".

Récompense de cinq millions de dollars

Selon l'acte d'accusation du TPIR, Ladislas Ntaganzwa est poursuivi pour "entente en vue de commettre le génocide, génocide, complicité de génocide, incitation directe et publique à commettre le génocide et crimes contre l'humanité".

Une récompense de 5 millions de dollars était offerte pour l'arrestation de M. Ntaganzwa, comme pour celle des huit autres accusés encore en fuite: Félicien Kabuga, Augustin Bizimana, Protais Mpiranya, Fulgence Kayishema, Pheneas Munyarugarama, Aloys Ndimbati, Ryandikayo (un seul nom) et Charles Sikubwabo.

Le TPIR, créé par les Nations unies fin 1994 a officiellement fermé ses portes le 1er décembre. Il doit rendre sa dernière décision à la mi-décembre, le verdict du procès en appel de six anciens responsables rwandais condamnés en première instance à des peines allant de 25 ans à la prison à vie dans un même dossier.

Cette affaire, très complexe, implique notamment la seule femme mise en accusation par le TPIR, l'ex-ministre de la Famille Pauline Nyiramasuhuko, et son fils Arsène Shalom Ntahobali, tous deux condamnés à la perpétuité en première instance.

Le 10 Décembre 2015
Avec AFP

Paul Kagame lors d'une réunion des chefs d'Etat de l'Union Africaine, le 30 janvier 2015

Au Rwanda, le président Paul Kagame a accusé ce dimanche la communauté internationale de s'immiscer dans les affaires rwandaises en critiquant la réforme constitutionnelle devant lui permettre de briguer un 3e mandat en 2017. Il a tenu ces propos lors d'une réunion du FPR, le parti au pouvoir. Mardi, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, avait exhorté le président rwandais à ne pas se représenter. L'Union européenne avait pour sa part estimé qu'une révision constitutionnelle conçue dans l'intérêt d'un seul individu perdait en « crédibilité ».

« Nous pouvons être bons amis, nous pouvons convenir d'être en désaccord, mais la limite est lorsqu'il est question des intérêts des Rwandais », a déclaré Paul Kagame dans un discours mêlant anglais et kinyarwanda.

Mardi, évoquant le vote du Parlement, l'ambassadrice américaine à l'ONU avait indiqué être au courant de « manœuvres parlementaires » au Rwanda. Une phrase qui a particulièrement agacé le président rwandais. « Nos choix sont qualifiés de manœuvres parlementaires, quand nos actes ne correspondent pas aux vœux d'autres nations », a-t-il critiqué face à un parterre de responsables de son parti. « Si vous voulez obtenir quelque chose de moi en me prenant de haut », a-t-il également déclaré « vous pouvez être sûr à 100% que vous ne l'obtiendrez pas. Soyez sûrs que vous aurez l'inverse », a-t-il prévenu.

Paul Kagame, qui a toujours indiqué qu'il ne se représenterait en 2017 que s'il était plébiscité par son peuple, a déclaré aux membres du FPR que sa décision serait « basée sur le (résultat du) référendum » devant entériner la réforme de la Constitution.

Le 07 Décembre 2015
Avec RFI

le Président Paul Kagame du Rwanda

Le Sénat rwandais a adopté mardi 17 novembre une réforme de la Constitution permettant à Paul Kagame de se représenter en 2017 et l'autorisant théoriquement à diriger le pays jusqu'en 2034. Cette réforme est présentéepar le pouvoir comme une pure initiative populaire, mais de nombreux observateurs y voient une manœuvre orchestrée par les autorités. L’opposition rwandaise et les Etats-Unis ont d’ores et déjà manifesté leurs inquiétudes.

Un à un, à voix haute, les sénateurs ont voté la réforme de la Constitution et définitivement adopté les deux articles portant sur lemandat présidentiel. Le premier, l'article 101 maintient la limite de deuxmandats, se contentant de faire passer leur durée de 7 à 5 ans. Le second, le 172, précise que la réforme de l'article 101 n'entrera en vigueur qu'après un nouveau septennat en 2017. Septennat pour lequel Paul Kagame reste éligible. Toujours selon texte, le président rwandais est aussi autorisé à briguer par la suite - donc à partir de 2024 - les deux nouveaux mandats de 5 ans prévus par l'article 101 remanié.

Face à la presse, le président du Sénat, Bernard Makuza a, une nouvelle fois, assuré que le Parlement ne faisait que répondre à une demande populaire. « Il faut prendre cette révision dans le sens d’une révision qui a été sollicitée par la population. Et puis le Parlement a exercé ses prérogatives constitutionnelles et la population elle-même a utilisé la prérogative de l’article 2 de la Constitution qui stipule que la souveraineté appartient au peuple rwandais. Le peuple rwandais a exprimé des souhaits, ceux-ci étant donc que le président de la République en exercice actuellement a le droit de se présenter au prochain mandat après celui qui se termine en 2017. »

Craintes dans l'opposition

Mais le Parti vert, seul parti légalement reconnu dans l'opposition, émet des craintes suite à l'adoption de la modification de la Constitution. « Le principal problème pour nous, c'est le fait que le président aura la possibilité de briguer un troisième mandat, explique Frank Habineza, le président du parti. Un mandat jusqu’en 2017 et ensuite deux mandats supplémentaires de cinq ans après 2017. Cela représente un danger pour la démocratie. »

Frank Habineza se dit inquiet pour la démocratie, mais aussi pour la paix. « C'est aussi une remise en cause pour toute transmission pacifique du pouvoir. En adoptant ce texte, on laisse une porte ouverte au président de rester 17 ans au pouvoir. Nous pensons que cela ne garantit pas un climat de paix et de sécurité. Pour cette raison, nous représenterons le front du NON au vote de cette réforme. »

Les Etats-Unis condamnent

Une inquiétude partagée également à l’international. Washington a condamné la décision du Parlement rwandais. « Les Etats-Unis notent avec une grande inquiétude le vote du Sénat rwandais aujourd'hui », a déclaré le porte-parole adjoint de la diplomatie américaine, Mark Toner, lors du point de presse quotidien. « Nous espérons que le président Kagame mènera à terme ses engagements précédents de promouvoir une nouvelle génération de dirigeants au Rwanda, et quittera ses fonctions à l'issue de son mandat actuel en 2017 », a-t-il prévenu.

« S'il décide de rester au pouvoir, cela pourrait avoir des conséquences sur les relations à venir » entre les deux pays, a ajouté le représentant du département d'Etat, en réponse à un journaliste qui lui demandait si l'aide américaine au Rwanda allait diminuer.

La prochaine étape de ce projet de réforme est d'abord le réexamen, par la Chambre des députés, d'une cinquantaine d'articles amendés par les sénateurs mais sans lien avec le mandat présidentiel. Une fois adopté dans son ensemble, le texte définitif devra être soumis à référendum.

 

Le 21 Novembre 2015

Avec Radio Okapi

 

 

Le président du Rwanda, Paul Kagame

Les députés rwandais se penchent depuis ce mercredi matin sur le texte de réforme de la Constitution. Une nouvelle Constitution qui devrait permettre à Paul Kagame de briguer à nouveau la présidence de la République, lui qui, comme d'autres chefs d' Etat sur le continent, finit son deuxième et dernier mandat. Dans ce pays très critiqué pour le manque de liberté d'expression, le Parlement dit avoir reçu des pétitions de la part de millions de Rwandais favorables à cette réforme. 10 seulement sur l'ensemble du pays y seraient opposés. RFI a obtenu une copie du projet de réforme de Constitution sur lequel planchent les députés, avec des articles taillés sur mesure pour Paul Kagame.

Article 101 de ce projet de Constitution : le président de la République est élu pour un mandat de 5 ans. Il ne peut être réélu qu'une fois. Seule différence avec la Constitution de 2003 : la durée du mandat présidentielle passerait à cinq ans au lieu de sept.

Mais au chapitre 10 de ce projet, article 167, il y a une disposition transitoire créée sur mesure pour l'actuel chef de l'Etat qui précise : « Considérant les pétitions présentées par les Rwandais avant l’entrée en vigueur de la présente Constitution révisée, motivées par les progrès déjà réalisés dans l’édification du Rwanda et la création d’une fondation de développement durable, le Président de la République peut être réélu pour un mandat de sept ans ».

Ensuite, prévoit cet article transitoire, Paul Kagame pourrait bénéficier des deux mandats de cinq ans prévus au titre de l'article 101. Deux mandats de cinq ans auxquels viendrait s'ajoute un mandat de sept. S'il décide de se représenter et est élu, le président rwandais pourrait donc rester au pouvoir jusqu'à ses 77 ans.

Il ne s'agit que d'un projet, cet article devrait être examiné et discuté jeudi 29 octobre, par les députés. Une Assemblée acquise à l'idée de cette réforme. Un seul membre de la Chambre basse s'était abstenu de voter « oui » en juillet dernier.

Le 29 Octobre 2015
Avec RFI

Président Rwandais Paul Kagame

Le Parlement rwandais s'est dit favorable à un changement constitutionnel qui supprimerait la limitation de deux mandats présidentiels successifs. Une réforme que le camp de Paul Kagame, élu en 2003 et 2010, fait passer pour une volonté du peuple.

Un nouveau pas a été franchi vers le maintien au pouvoir du président rwandais Paul Kagame au-delà de 2017. Sans grande surprise, mardi 14 juillet, sénateurs et députés se sont prononcés à l'unanimité, dans leurs chambres respectives, en faveur d'une réforme constitutionnelle qui ferait sauter le verrou des deux mandats autorisés dans la Loi fondamentale rwandaise. Des amendements devront cependant encore être votés, puis une nouvelle Constitution formellement soumise à référendum.

"Je veux remercier tous les membres du Parlement pour leur soutien aux souhaits du peuple", a lancé, à l'issue des votes, la présidente de l'institution, Donatilla Mukabalisa, promettant un "processus" rapide pour mettre en œuvre les changements.

Paul Kagame, élu en 2003 et 2010, mais dont le parti, le Front patriotique rwandais (FPR), est au pouvoir depuis la fin du génocide des Tutsi en 1994, présente ces débats autour d'une réforme constitutionnelle comme émanant d'une initiative populaire. En quelques semaines, plus de 3,7 millions de Rwandais, sur un corps électoral de quelque 6 millions, ont signé des pétitions demandant au Parlement de modifier l'article 101 de la Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels successifs.

Recours juridique

Mais, dans un pays régulièrement épinglé pour ses atteintes à la liberté d'expression, nombre d'observateurs estiment que le pouvoir rwandais est en fait à la manœuvre pour permettre au chef de l'État de se maintenir à l'issue de son deuxième mandat. Comme dans de nombreux autres pays de la région, notamment aux Burundi et Ouganda voisins.

Outre les pétitions soutenant une modification constitutionnelle, deux autres - émanant de la petite formation d'opposition le Parti démocratique vert et d'un particulier - réclamaient à l'inverse que l'article 101 ne soit pas modifié, a rapporté le quotidien d'État "New Times".

Ces pétitions avaient cependant peu de chance d'aboutir : le Parti démocratique vert, qui a aussi déposé un recours devant la Cour suprême pour empêcher la révision constitutionnelle, est la seule formation politique à s'opposer à une réforme. La motion d'un simple particulier avait, elle, peu de chance de faire le poids face au plébiscite de près de 4 millions de Rwandais.

En juin, les États-Unis s’étaient dit opposés à un éventuel troisième mandat du chef de l’État rwandais. "Nous sommes engagés à soutenir une transition pacifique et démocratique en 2017 vers l'élection d'un nouveau dirigeant par le peuple rwandais", avait expliqué à l’AFP un responsable du département d'État.

Le 17 Juillet 2015
Avec France24

Militantes et militants d-un parti Rwandais

Au Rwanda, sur la base des pétititions populaires, le Parlement s'est prononcé ce mardi en faveur d'une révision constitutionnelle qui permettrait au président Paul Kagame de se représenter en 2017.

Sans surprise, les parlementaires ont estimé que les quelque quatre millions de pétitions de la population étaient fondés. L’article 101 de la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels, doit donc être amendé comme le souhaite la population.

Il n’y a pas vraiment eu de débats pendant ces sessions ce mardi matin, mais plutôt une succession d’interventions louant les succès du président Kagame. Les deux chambres sont en effet largement dominées par le parti au pouvoir et par des partis qui s’étaient déjà prononcés en faveur d’une telle réforme constitutionnelle.

Invités à suivre les débats, les Rwandais se sont massés au Parlement. Les galeries réservées au public étaient bondées de partisans, applaudissant et chantant des slogans en faveur du président Kagame.

Les parlementaires vont maintenant descendre sur le terrain pour continuer des consultations avec la population. Ce n’est que que dans un deuxième temps que le Parlement se réunira et qu’un projet de révision constitutionnelle sera examiné. Pour qu’une révision soit adoptée, il faudra qu’elle recueille trois quarts des votes des deux chambres, puis être approuvée par un référendum populaire.

Une modification attendue

Le processus n'est pas terminé, mais les intentions sont clairement affichées, et ce depuis de longs mois, comme l'explique Filip Reyntjens, président du Centre d’études de la région des Grands Lacs à l'université d’Anvers en Belgique. Pour lui, ce vote à l'unanimité au Parlement n'est pas une surprise dans le contexte rwandais actuel.

« Ce n’est pas du tout une surprise, cela fait au moins deux ans, deux ans et demi que d’abord des petits partis qui font partie du cartel du Front patriotique rwandais (FPR), au pouvoir, demandent qu’on fasse sauter la limitation du nombre de mandats, rappelle-t-il. Par la suite, ça a été relayé au sein du FPR, lui-même. ( …) Donc cette campagne était déjà en marche depuis pas mal de temps et la chose était extrêmement claire : on allait procéder à une révision constitutionnelle. »

Pas de voix discordantes... ou presque

« Il n’y a pas eu de voix dissidente, poursuit le chercheur. Si, il y en a une. Le seul parti d’opposition reconnu mais pas représenté au Parlement, le Parti vert rwandais, s’est opposé publiquement à l’idée d’un troisième mandat. Et un seul journaliste s’est posé des questions à ce sujet. Apparemment – ce n’est qu’une apparence évidemment –, l’unanimité est totale à ce sujet. »

Certains observateurs sur place remettent en question la spontanéité de ces pétitions. Mais le Parti vert rwandais est en effet le seul parti d’opposition à se soulever contre cette modification de la Constitution. Il a intenté une action en justice contre cette décision devant la Cour suprême. Le but : prouver que la majorité de la population ne veut pas de cette réforme et que la pétition validée aujourd’hui par le Parlement a été truquée. « Nous demandons que la Constitution ne soit pas changée, explique Frank Habineza, président du Parti vert rwandais. Nous voulons d’abord alerter sur le fait que trois millions de signatures, c’est peu. Il y a plus de trois millions de personnes qui n’ont rien dit. Deuxièmement, nous avons eu des informations sur des pressions pour faire signer les gens. Des gens ont signé à leur bureau, puis chez eux, puis à des meetings politiques, donc cela a fait augmenter le nombre. Nous allons continuer à nous battre au tribunal et essayer de montrer à la population qu’il ne faut pas accepter un tel changement. »

Mais Christophe Bazivamo, vice-président du FPR, le parti présidentiel, affirme que le processus est lancé et qu’il ne s’arrêtera pas.

"Je pense qu’on peut forcer quelqu’un à écrire, mais qu’on ne peut pas forcer les gens à être contents et à jubiler quand leur souhait est réalisé. "
Christophe Bazivamo, Vice-président du FPR

Le 15 Juillet 2015
Avec RFI

Karenzi Karake

Les autorités rwandaises ont réagi avec colère après l'arrestation samedi 20 juin à Londres de leur chef des services de renseignements Emmanuel Karenzi Karake. Le militaire rwandais, âgé de 54 ans, a été interpellé en vertu d'un mandat d'arrêt espagnol pour des crimes de terrorisme concernant la mort ou la disparition de neuf Espagnols au Rwanda entre 1994 et 2000. Pour le moment, le gouvernement britannique reste des plus discrets sur une affaire qui jette un froid sur les bonnes relations entretenues jusque-là par les deux pays.

L'interpellation du général Karake embarrasse clairement le gouvernement britannique qui, pour l'instant, se retranche derrière des communiqués officiels laconiques. La porte-parole du Premier ministre David Cameron a rejeté la responsabilité de cette arrestation sur la police londonienne et précisé que ses agents étaient « dans l'obligation d'agir face à un mandat d'arrêt européen parfaitement valide ».

Néanmoins, du côté de Kigali, cette arrestation est vécue comme une trahison. Les autorités rwandaises disent ne toujours pas comprendre la décision britannique d'arrêter le général Karake samedi alors qu'il s'est régulièrement rendu par le passé à Londres sans être inquiété. Pourtant, samedi, la police londonienne a exécuté un mandat d'arrêt européen lancé en 2008 par l'Espagne.

Leur colère et incrédulité est d'autant plus grande que le Royaume-Uni a longtemps considéré le Rwanda de Paul Kagame comme l'un de ses plus proches alliés. Londres est d'ailleurs l'un des plus gros donateurs de Kigali avec quelque 100 millions d'euros d'aide par an. Une générosité qui, pour certains, devrait l'inciter à demander plus de comptes au président rwandais sur sa façon notamment de traiter ses opposants politiques, mais aussi les médias.

Une entente déjà dégradée

La relation a cependant connu des accrocs ces dernières années. En 2012, Londres s'est ouvertement ému du soutien du Rwanda aux rebelles du M23 en RDC. En 2014, au moment de la vague d'assassinats et d'arrestations d'opposants politiques, s'alignant sur la position de Washington, Londres se dit « très préoccupé par l'évolution de la situation des droits de l'homme au Rwanda ». En octobre dernier, la BBC a diffusé un documentaire très critique envers Paul Kagame et le FPR. Le documentaire provoque un tollé chez les autorités rwandaises qui accusent la BBC de négation du génocide. En guise de représailles, fin mai, Kigali a décidé de la suspension définitive de la diffusion des émissions de la BBC en kinyarwanda.

« Le lobby pro-Kagame s'est sensiblement effrité en Angleterre », analyse un chercheur spécialiste du Rwanda qui relativise cependant le changement : les relais pro-Kagame sont toujours actifs à Londres. Certains jugeaient lundi cet acte d'arrestation tout à fait regrettable.

Emmanuel Karenzi Karake doit comparaître à nouveau jeudi pour fixer une date d'audience d'extradition. Un juge devra alors décider de l’extrader ou pas en Espagne. Une procédure qui ne devrait pas prendre plus de trois mois. La question est donc maintenant de savoir si Londres va exécuter jusqu'au bout le mandat d'arrêt. On se souvient que sur un tout autre dossier, Londres avait refusé l'extradition du Chilien Augusto Pinochet, demandée là encore par Madrid.

Que reproche-t-on à Emmanuel Karenzi Karake ?

Emmanuel Karenzi Karake a été arrêté en vertu d’un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne. La justice espagnole enquête en effet depuis 2008 sur la disparition ou la mort de neuf de ses ressortissants au Rwanda. Des faits qui se sont produits entre avril 1994 et juin 2000. Les investigations ont notamment porté sur l'assassinat en janvier 1997 de trois travailleurs humanitaires de Médecins du Monde.

Les autorités judiciaires d'Espagne avaient émis un acte d'accusation visant 40 responsables rwandais, dont Emmanuel Karenzi Karake. Selon l'avocat de parties plaignantes, cinq charges pèsent contre le général. Il est accusé de génocide, de crime contre l'humanité, de terrorisme et d'engagement dans une organisation terroriste.

Le général Karake, qui était un des chefs militaires du FPR, le Front patriotique rwandais, aurait eu connaissance et approuvé le massacre de civils au milieu des années 1990 dans les villes de Ruhengeri, Gisenyi et Cyangugu. Parmi les victimes figureraient les trois travailleurs humanitaires espagnols.

Avec RFI

Cours de change

Convertir