France : procès d'un Djihadiste chargé d'acheminer de nouvelles recrues en Syrie

Salim Benghalem, 35 ans, principal prévenu, est sous le coup d'un mandat d'arrêt international.

Le procès d'un réseau d'acheminement de candidats djihadistes vers les camps armés de Syrie entre 2012 et 2013 s'est ouvert ce mardi à Paris. Manque à la barre l'animateur présumé de la filière, le Français Salim Benghalem.

«Je n'ai pas combattu. J'ai appris à utiliser les armes, une petite kalachnikov. Cela demande dix minutes.» Barbe fournie, le visage sec et le regard noir, Abdelmalek Tanem est le premier à être interrogé au cours de ce procès qui s'ouvre à Paris et qui porte sur le démantèlement d'une filière d'acheminement de candidats djihadistes vers la Syrie. Agé de 26 ans, ce prévenu est considéré comme l'un des responsables de ce réseau chargé d'accueillir de nouvelles recrues en Syrie, où il se trouvait. A la barre, celui-ci reconnaît en avoir «récupéré trois». Trois jeunes hommes qui, comme lui, sont sur le banc des prévenus pour ce procès en correctionnelle, prévu jusqu'au 7 décembre.

Mais alors qu'on aurait souhaité qu'il se livre davantage sur ses activités syriennes, Abdelmalek Tanem mesure ses phrases, pèse ses mots, calibre ses réponses pour devenir très minimalistes. Le président, Denis Couhé, est alors obligé de multiplier les questions pour le contraindre à être un peu plus disert. Ainsi ce musulman pratiquant raconte être allé en Egypte et c'est en parlant avec un de ses habitants que l'idée lui est venu de se rendre en Syrie. «Pour lutter contre Bachar el-Assad», dit-il avant de concéder avoir appartenu, sur place, à deux groupes djihadistes, tout en évoquant un combat humanitaire.

Le président lui demande alors où il a emmené les trois jeunes qui venaient de Turquie et qu'il a pris en charge à la frontière. «Dans des QG», répond le prévenu. «C'est un terme militaire», lui fait remarquer le magistrat. On s'éloignerait donc de l'humanitaire... Mais le prévenu n'en dira guère plus.

«Les attentats parisiens? Vous les condamnez?»

Pour cerner son niveau d'engagement religieux, il est aussi questionné sur sa vie privée. Cet homme qui porte la barbe par respect pour «la tradition du prophète» est marié à une femme qui, admet-il, porte «le niqab». «Et que pensez-vous des attentats parisiens? Vous les condamnez?», interroge Denis Couhé: «oui», répond Abdelmalek Tanem, également interrogé sur Salim Benghalem, l'un des responsables de Daech. Considéré comme l'animateur de cette filière et le donneur d'ordre, celui-ci aurait dû être sur le banc des prévenus. Mais ce Français de 35 ans, devenu l'un des terroristes les plus recherchés au monde, serait aujourd'hui en Syrie. «Je désavoue tout le mal qu'il a fait», lance rapidement le prévenu comme pour se débarrasser de cette remarque contre celui qui l'aurait commandé. Mais sur les fonctions de Benghalem, avec lequel il était donc en contact permanent, Abdelmalek Tanem botte en touche et se mure dans le silence.

Un autre, prévenu, interrogé un peu plus tard, en dira davantage sur ce terroriste activement recherché. Karl Douant, 25 ans, s‘est retrouvé lui aussi en Syrie pour finalement, dit-il, revenir en France plus vite prévu car il ne voulait pas combattre. Lors de son séjour, il a rencontré Benghalem. «Il voulait m'envoyer sur la ligne de front», dit-il en se rappelant aussi de l'un de ses ordres: «Il faut faire la guerre à l'Occident!»

Le 02 Décembre 2015
Avec Le Figaro

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