Fifa: tonton Blatter va retrouver la scène

Sepp Blatter et son fidèle lieutenant Jérôme Valcke (à gauche)

Alors que les enquêtes concernant le Fifa se poursuivent, le comité exécutif de l’instance se réunit ce lundi pour fixer la date du prochain Congrès électif. Pour la première fois depuis l’annonce de son départ au mois de juin, Joseph Blatter s’exprimera devant la presse.

Retour sur le devant de la scène. Un mois et demi après la conférence de presse convoquée où il a annoncé qu’il allait remettre son cinquième mandat en jeu en convoquant un Congrès électif dans les prochains mois, Joseph Blatter affrontera pour la première fois les médias ce lundi à Zurich. Le président de la Fifa et son secrétaire général Jérôme Valcke tiendront conjointement une conférence de presse au siège de l'instance à l’issue du comité exécutif réuni pour fixer la date du prochain congrès électif.

Outre l’agenda des élections présidentielles à venir, le gouvernement de la Fifa discutera des réformes structurelles que l’instance faîtière doit mettre en place sous la pression internationale en raison des scandales de corruption à répétition qui ont écorné son image ces dernières années. Les propositions de réformes, qui devraient avancer des changements significatifs sur la manière dont les membres du comité exécutif sont élus, seront soumises à ratification devant le Congrès qui se réunira avant le mois de mars pour désigner le successeur de Sepp Blatter à la tête de la Fifa.

Réélu pour un cinquième mandat à Zurich le 29 mai, le Valaisan (79 ans) avait annoncé quatre jours plus tard qu’il convoquerait un Congrès extraordinaire afin de procéder à une nouvelle élection dont il ne serait pas candidat. Ce renoncement surprise de l’homme qui dirige la Fifa depuis 1998 faisait suite à la tempête qui avait emporté son organisation à la suite de l’arrestation de plusieurs de ses membres par la police suisse quelques jours avant sa réélection pour un cinquième mandat. Depuis ce coup de tonnerre, Sepp Blatter a donné quelques interviews mais ne s’est jamais plus exprimé en public, renonçant également à quitter le territoire suisse. Si la justice américaine n’a pas formellement accusé le président de la Fifa de malversations, sa manière de diriger la Fifa est néanmoins mise le gril par les enquêteurs.

La corruption au centre des questions

Confronté au plus grand scandale de corruption de l’histoire de la Fifa, Sepp Blatter n’échappera pas au feu roulant des questions sur le Fifagate ce lundi à Zurich. Ce comité exécutif intervient alors que Jeffrey Webb, ancien vice-président de la Fifa, extradé vers les Etats-Unis, a plaidé samedi non coupable des accusations de corruption et a été remis en liberté contre une caution de 10 millions de dollars et assigné à résidence. Outre la date de l’élection, qui déterminera la stratégie des candidats potentiels à la présidence de la Fifa, la question des réformes structurelles sera abordée lors du comité exécutif. En fixant le cadre des évolutions à venir de la Fifa, Sepp Blatter, en bon politique, fixe ainsi un carcan à sa convenance aux candidatures à venir. Une manière de peser sur la prochaine élection en tentant de barrer la route à Michel Platini, le président de l’UEFA qui ne s’est pour l’heure pas déclaré.

"En Europe, un seul sujet revient : l'élection du président. Toutefois, les réformes que nous n'avons, jusqu'à présent, pas encore pu engager sont encore plus importantes."

«En Europe, un seul sujet revient : l'élection du président. Toutefois, les réformes que nous n'avons, jusqu'à présent, pas encore pu engager sont encore plus importantes», a ainsi déclaré Sepp Blatter au quotidien allemand Die Welt. Puis d’ajouter : «Je ne saurais endosser une quelconque responsabilité pour des membres d'un gouvernement, le Comité exécutif, que je n'ai pas moi-même choisis». Une manière de faire porter le fardeau de la corruption sur les épaules des Confédérations plutôt que de la présidence de la Fifa.  Et le Suisse devrait proposer que l’élection des membres du Comité exécutif ne revienne plus aux Confédérations mais au Congrès. Une manière de les affaiblir et de placer un candidat potentiel présidant une Confédération, comme Michel Platini, dans une position délicate. C’est-à-dire entre le marteau et l’enclume.

En dépit des enquêtes qui se poursuivent - la justice suisse a annoncé la semaine dernière tenir en mains 81 cas suspects de blanchiment d'argent signalés par les banques dans l'enquête sur l'attribution des Coupes du monde de football de la Fifa 2018 et 2022 - et des appels d’organisations indépendantes à plus de «transparence», Sepp Blatter n’a pas renoncé à continuer de tirer les ficelles. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le Suisse cultive même le secret espoir de passer pour l’homme qui aura sauvé la Fifa du désastre. Sa mainmise sur l’agenda des réformes et de l’élection lui offre l’occasion de soigner sa sortie tout en torpillant ses ennemis politiques.

Le 20 Juillet 2015
Avec Le Figaro

 



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