USA : racisme, ce maux qui ronge Obama au soir de son dernier quadriennat

Barack Obama le 18 juin 2015

Quelques jours après la fusillade dans laquelle neuf Noirs ont été abattus par un jeune suprématiste blanc en Caroline du Sud, Barack Obama a évoqué sans mâcher ses mots l'ombre de la ségrégation qui pèse toujours sur la société américaine, n'hésitant pas à utiliser le mot tabou, «Nigger» (nègre).

«Nous ne sommes pas guéris du racisme»: quelques jours après la fusillade dans laquelle neuf paroissiens noirs et leur pasteur ont été abattus par un jeune suprématiste blanc à Charleston (Caroline du Sud), Barack Obama a choisi l'émission de radio «WTF with Marc Maron» , lundi matin, pour évoquer «l'ombre» de la ségrégation qui pèse sur la société américaine. Et le président américain n'a pas mâché ses mots, expliquant que l'absence d'un langage raciste ne signifie pas qu'il n'y a plus de racisme, utilisant à dessein le mot «Nigger» (nègre) pour marquer les esprits: «Ce n'est pas seulement la question de ne pas dire ‘nègre' en public parce que c'est impoli, ce n'est pas à cela que l'on mesure si le racisme existe toujours ou pas», a expliqué le premier président noir des États-Unis.

«Les sociétés n'effacent pas complètement, du jour au lendemain, ce qui s'est passé deux ou trois cents ans plus tôt», a poursuivi Obama. «L'héritage de l'esclavage, des (lois de ségrégation raciale instaurées en 1876) Jim Crow, de la discrimination dans presque tous les compartiments de nos vies, cela a un impact durable et cela fait toujours partie de notre ADN», a-t-il ajouté, estimant toutefois que les relations raciales «se sont sensiblement améliorées»: «Je dis toujours, aux jeunes en particulier, ne dîtes pas que rien n'a changé sur les races aux Etats-Unis, à moins que vous ayez vécu en tant qu'homm noir dans les années 1950 ou 1960 ou 1970. Il est indéniable que les relations raciales se sont améliorées de manière significative au cours de ma vie et la vôtre.»

Déclaration «audacieuse» pour les uns, «indigne» de son statut de président pour les autres... L'utilisation du terme «Nigger» a très vite fait les gros titres des sites d'informations et des émissions de télévision, la plupart se refusant à écrire le mot tant controversé en toutes lettres, lui préférant l'expression «N-word»... voire le remplaçant par un bip, comme la chaîne conservatrice Fox News.

L'utilisation de ce terme a également été vivement commenté sur Twitter:

"Les gens qui ont un problème avec le fait qu'Obama utilise le «N-Word» n'ont pas compris ce qu'il voulait dire"

Pour d'autres, "Obama a déshonoré la fonction présidentielle"

Il affronte le problème de manière frontale

Face au tollé, Washington a dû, selon CNN, publier un communiqué assurant que ce n'était pas la première fois que le président utilisait le «N-Word», puisqu'il en avait fait l'usage au moins une «douzaine de fois» dans ses mémoires, Dreams From My Father. Le porte-parole de la Maison-Blanche Josh Earnest a ajouté lors d'un point presse que le président ne regrettait aucunement de l'avoir prononcé.

Thomas Snégaroff, directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), rappelle que le terme «Nigger», qui est le mot de l'esclavage et de la ségrégation raciale, a été peu à peu complètement banni aux États-Unis dans les années 1970/1980, et même interdit par la ville de New York en 2007. «Alors dans la bouche d'un président...»

Et Barack Obama n'a pas choisi ce mot par hasard. «Juste après la tuerie, Obama a louvoyé, en mettant surtout l'accent sur le problème des armes à feu, explique Thomas Snégaroff. Désormais, il affronte le vrai problème, et de manière frontale, en sachant pertinemment que ce mot va déclencher un débat national.» Selon l'historien, «à quelques mois de la fin de son mandat, il devient le président noir que beaucoup attendaient».

Durant la campagne de 2008, Barack Obama avait abordé la question des relations entre Noirs et Blancs lors d'un discours à Philadelphie. «Le racisme est un problème que ce pays ne peut se permettre d'ignorer», avait-il alors déclaré. Mais depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il a souvent fait preuve d'une grande prudence sur ce thème, ne voulant pas tomber dans le piège de ceux qui l'accuseraient d'être le président des Noirs. Aujourd'hui, estime Thomas Snégaroff, «Obama appelle son pays à franchir une nouvelle étape: passer d'un antiracisme formel à un antiracisme réel.»

Avec Votre Afrique

Lu 956 fois

Cours de change

Convertir